mercredi 26 février 2014

L’INACCEPTABLE CONTRE MBOW

CNRI : L’INTOLERABLE CONTRE MBOW

Les gens légers, bornés, les esprits présomptueux
 et enthousiastes veulent en toute chose
une conclusion… (Gustave Flaubert)

Ignorance en tempête

Un déchaînement d’inconvenances verbales sature l’espace médiatique, des grossièretés, à la lisière de l’insulte, et visant, tout particulièrement, le président de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), le Professeur Amadou Mahtar MBOW, installé dans cette fonction par le président de la République du Sénégal. On a du mal à comprendre les motivations d’un tel acharnement sur une personne, dont aucun des actes ou déclarations publiques n’atteste d’un tort porté à aucun de ses concitoyens. L’on a du mal à trouver des justification d’intelligence aux inconvenances verbeuses et malveillances gratuites, déversées sur une personne, dont l’honorabilité et le civisme ne peuvent souffrir d’aucun doute, et qui est vierge de toute ambition politique pour lui-même, mais seulement pour le progrès de son pays et de l’Afrique, deux entités socio-économiques auxquelles il a consacré, et consacre encore, sa vie.
    Le rapport, qui lui vaut tant de pénibles récriminations, n’est pas le sien, mais celui d’un groupe ad-hoc de très haut niveau, émanant de la volonté du chef de l’État, lui-même ; et l’on ne peut pas imaginer que ce grand démocrate et homme d’esprit ait pu se comporter en dictateur d’idées au sein de la structure que le chef de l’État a placée sous sa responsabilité, ou qu’il ait été le rédacteur exclusif du rapport objet de tant de controverses, prématurées  en l’état présent du cycle de traitement d’un ouvrage, auquel il n’est pas sûr que ses pourfendeurs  seraient en mesure de rajouter la moindre contribution en français correct et compréhensible, et pertinente en contenu.
    Le professeur Mbow ne mérite pas de malveillance, ni aucun des grands Sénégalais, qui composent la CNRI. Ce qui est attendu, le moment venu, ce sont des critiques intelligentes, et intelligemment motivées, mais pas de ces tonitruances creuses, dont le seul effet sera d’affaiblir la dynamique motivante de l’exercice initiée par le chef de l’État. Il s’agit de propositions, et non de décisions imposées ; et ces propositions sont celles d’un groupe, et pas d’un individu. Et le président Mbow ne saurait être l’abcès de fixation du zèle de godillots et d’opposants en mal de relief politique.
    Dans ce déluge d’insanités, l’on a entendu, sur les ondes, les propos d’un ancien ministre du régime précédent, semblant suggérer que le choix de l’ancien DG de l’UNESCO serait une méprise ; et de justifier cette opinion par des propos qu’aurait tenus, dans un Émirat du golfe,  l’ambassadeur d’une puissance occidentale, au cours d’une conférence de presse. La parole de ce diplomate était ainsi servie comme ayant une propriété ontologique discréditant semel pro semper l’ancien Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO). Qu’un Africain, de surcroît, ayant occupé des fonctions d’État supérieures, recoure ainsi à l’opinion d’un étranger, pour discréditer son compatriote, avait de quoi susciter de l’inquiétude, pour trois raisons :
· la surprenante perméabilité apparente aux conditionnements mentaux étrangers dévastateurs des ambitions positives de l’Afrique ;
· le faible intérêt apparent à une période critique de l’histoire récente du monde, pour les affaires de l’Afrique, dont il ne paraît pas avoir conscience de la singularité de l’Afrique dans un contexte international, où la plupart des nations, qui ont péjoré son histoire et se présentent, aujourd’hui, en amies, ne le sont que par opportunisme d’exploitation..
· la faible perception des réalités du système international, dans lequel champ de liberté d’initiative « permis » au Sud en vue d’un développement réel, impliquant l’autonomie économique et l’accroissement des capacités technologiques propres, est très limité, au point où ceux qui y tentent de « forcer les barrières », se retrouvent souvent seuls, et le payent cher.
    L’action internationale de Amadou Mahtar Mbow, tout autant que d’autres éminentes personnalités du Tiers-monde, qui ont « osé » agir en faveur du progrès pour tous, est assez illustrative, et présente un intérêt préventif d’attitude, du genre de celle de notre « ancien ministre », ainsi que, et surtout, pour la jeunesse, les « born free », qui n’ont pas la connaissance de faits coloniaux et de leurs rémanences, qui constituent les obstacles au développement de l’Afrique.

Courage et bonne cause

    Amadou Mahtar Mbow est devenu le 7ème Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture UNESCO) dans le contexte de la guerre froide, cette période d’après seconde guerre mondiale, de confrontation, sans conflit armé direct, entre les puissances capitalistes de l’Ouest, et communistes de l’Est. Ces deux blocs surarmés dans des alliances militaires, le Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et le Pacte de Varsovie, respectivement, étaient constitués en agrégats d’intérêts, pour la suprématie dans la gouvernance du monde. Leur dangereuse concurrence stratégique avait investi tous les domaines, toutes les institutions internationales et to²us les continents.
    Dans ce contexte, et sous l’influence du Nord,  « chaque Africain a(yant) son Blanc », selon le mot savoureux de mon cousin sérère, le président Senghor, l’Afrique, aussi, était divisée en deux groupes ; d’un côté, celui des États modérés, pro-occidentaux, dit de Monrovia, et, de l’autre, le groupe des  progressistes, dit de Casablanca. Cette division pseudo-idéologique a valu au continent l’échec historique du projet fédéral des États-Unis d’Afrique, en 1963, auquel il a été substitué l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), institution de coopération sans capacité exécutive, devenue Union Africaine (UA) en 2001.
    Entre les deux grands blocs mondiaux, s’était constitué un regroupement informel de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, avec, comme substrat partagé, l’affirmation d’indépendance organique des deux blocs idéologiques. Ce groupe dit des Non Alignés, en droit fil de l’esprit de l’historique Conférence de Bandoeng (Indonésie) d’Avril 1955, sera assimilé et connu comme le groupe des 77, de forte influence dans les grandes rencontres du système des Nations Unies
    Dans ce contexte, le Professeur Amadou Mahtar Mbow, militant de l’indépendance et panafricaniste, a été, avec le regretté Professeur Assane Seck, entre autres, l’un des dirigeants, du Parti du Rassemblement Africain (PRA-Sénégal), qui allait s’agréger à l’Union Progressiste Sénégalais (UPS) de Léopold Senghor et Mamadou Dia, pour donner naissance au Parti Socialiste Sénégalais (PSS).
    C’est donc dans le contexte international particulièrement agité des années 70, que cet Africain, au parcours de militant politique de gauche, mais non dogmatique, et plusieurs fois ministre dans son pays, le Sénégal, était devenu le 7ème Directeur Général de UNESCO, l’Institution certainement la plus idéologique du système multilatéral, parce que champ clos d’une bataille feutrée, mais implacable, d’influence sur le Savoir. Pour les observateurs, l’arrivée du ci-devant DG Adjoint à la tête de l’Exécutif de l’institution de la place de Fontenoy à Paris, ne pouvait que traduire une volonté forte des 77, d’imprimer un virage stratégique, qui devait rompre la continuité « occidentale » de la gouvernance de l’honorable et prestigieuse Organisation, qui a prévalu depuis sa création, en 1946.
    Ce citoyen d’un petit pays d’Afrique de l’Ouest « française », dont le président, l’un des animateurs emblématiques du groupe de Monrovia et pro-occidental affirmé, ne partagerait pas toutes les idées, engage une nouvelle doctrine de rééquilibrage et de partage des « ressources de l’esprit » entre petites et grandes nations du monde. Par un nouveau paradigme de coopération internationale, l’objectif du nouveau DG était de réduire l’amplitude des écarts accumulés par le Sud, et sa méthode a consisté en une forme de discrimination positive en faveur de la plus grande partie de la population mondiale, celle des nations du Tiers-monde. Une telle orientation, à l’évidence, ne pouvait pas être du goût des économies dominantes, par ailleurs, ses principaux bailleurs. Et, ils n’ont pas manqué, tout au long de ses mandats, de le lui faire sentir.  
    Ces grands États-membres, qui voyaient leur position dominante affectée, ne pouvaient pas, bien naturellement, tolérer la démarche de cet Africain « irraisonnable », même si sa volonté d’équité et de justice entre les nations, en faveur de la paix entre les hommes, ne traduisait que le crédo fondateur de cette grande institution, dédiée à l’éradication de la guerre par l’éducation, la science et la culture ; l’inculcation, en quelque sorte, chez tous les Hommes, de l’esprit « positif », pour parler comme les rastamen. La suite des événements nous a édifiés sur la signification réelle des grands principes de morale internationale, auxquels ne croient, que les « naïves » petites nations, en particulier d’Afrique.

Solitude et action en tempête

   Tout le monde avait assisté, alors, à l’incroyable progression d’une campagne de dénigrement, de la part de certains « grands » États-membres de l’Ouest, contre ce DG Africain de l’UNESCO, au prétexte d’une gestion insatisfaisante des ressources. Un procès en sorcellerie, contre lequel, ont été rares en sa faveur, les voix africaines, et même du Sénégal, où celle du Professeur Iba Der Thiam a été de celles qui a sauvé l’honneur. La situation vécue alors de Amadou Mahtar Mbow, ne fut qu’une récurrence historique de l’adversité, qu’ont vécue tous les Africains engagés en faveur de la liberté, de l’égalité et du progrès, toutes choses dont l’objectif final n’est, pourtant, que la promotion de la paix entre les hommes. L’histoire en fournit des exemples emblématiques.
    Il a achevé sa mission à la tête de l’UNESCO, en nous laissant des accomplissements d’intérêts universels, et particulièrement profitables aux Pays les Moins Avancés (PMA), et, singulièrement, à l’Afrique Rappelons-en quelques-uns :
·     · L’initiative d’un Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC), qui a « déstabilisé » les dominations traditionnelles du Nord, avec la théorisation d’une nouvelle philosophie et d’une approche innovante du partage, dans le domaine aussi stratégique que la circulation du savoir, en tant que ressource commune à toute l’humanité Pour les économies du Sud, c’est une nouvelle philosophie participative, qui leur ouvre des perspectives de développement accéléré, par l’accroissement et la diversification de capacités sectorielles, en ressources humaines, recherche-développement matérielle et logicielle,  manufacture, génération et dissémination de l’information, etc. ;
·         ·La rédaction d’une Histoire Générale de l’Afrique, qui a permis à nos historiens les plus éminents de nous permettre de disposer d’une impressionnante vulgate de référence, des faits de l’évolution du continent, de la préhistoire aux temps modernes ;
·         · Le Programme International de Développement de la Communication (PIDC), qui a permis d’impulser les progrès impressionnants, que nous vivons, des moyens, ressources et structures de la communications électronique et sociale, et dont ont particulièrement bénéficié les pays du Tiers-monde ; jusqu’alors campés dans un rôle de récepteurs et de consommateurs passifs de biens matériels et immatériels de communication et d’information, les pays du Sud ont pu bénéficier, de la part de ce programme, de l’expertise,  et des ressources, financières, ainsi que d’équipements ; ces pays sont devenus des acteurs significatifs du domaine des technologies de l’information et de la communication, au profit d’une économie mondiale plus attentive aux besoins de toutes les catégories d’utilisateurs et de consommateurs.
·         La promotion et la généralisation de la diffusion en Modulation de Fréquence (FM), par une synergie d’actions programmées de l’UNESCO et de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) ; l’accessibilité économique à la technologie de la FM a ouvert aux faibles économies du Sud  le champ de l’information libre et instantanée, et contribué à la promotion de l’expression démocratique, toutes choses particulièrement profitables au développement économique et social des nations.

    Dans le cadre, d’une Instituions spécialisée de l’OUA, dont j’étais en charge du département technique, le PIDC nous avait permis d’exécuter une importante étude sur la propagation des ondes radioélectriques en contexte pluvieux, d’un grand intérêt pour le continent africain. Par ailleurs, en tant que membre d’organes de programmation du développement sectoriel des transports et communications, je puis témoigner que la présence et l’appui de l’UNESCO, sous le 7ème DG, a largement contribué à la mise en œuvre d’initiatives en faveur de l’accroissement des capacités structurelles en technologies de communication et d’information dans les PMA, en général, et en Afrique, en particulier.

Viol de valeurs

    Il est évident que l’implication dans des exercices de réflexion nationale, d’un homme, qui a joué un rôle aussi éminent et aussi productif pour le progrès et la paix du monde, ne peut être qu’un acte de civisme exemplaire. Sa démarche, qui ne saurait être assimilée à celle d’adversaire ou de supporter à quelque régime que ce soit, ne saurait être comprise qu’étant de constance d’une forte conviction proactive pour le progrès de son pays, en composante dynamique et exemplaire d’une Afrique libre en vocation d’unité continentale. Il ne saurait être permis de douter qu’il partage cette conviction avec toutes les respectables et honorables personnalités par lesquels a été constitué la CNRI par le président de la République.
    Les propos désobligeants et les grossièretés verbeuses ne constituent pas des marques de l’intelligence proactive, dont a besoin le Sénégal et l’Afrique, et n’honorent, ni ne grandissent leurs auteurs, qui dévoilent leur nature, puis que l’on sait de quel genre d’individus la malveillance est l’arme.
La rémanence de crispations et d’antagonismes nés des Assises Nationales est perceptible dans certaines manifestations d’opinion; à présent, les uns et les autres devraient pouvoir montrer une capacité de s’en départir, pour se tourner vers le débat d’esprit, dans lequel est attendue la critique intelligente des seuls produits de l’esprit, que sont les propositions du groupe. S’agissant d’une œuvre collective, la dignité et l’honorabilité Intuitu personae de chacun des membres de la CNRI  doivent être impérativement respectées et préservées.
    Aux plus jeunes, qui lisent et écoutent, et auxquels doivent être donnée une éducation productive de progrès, les préparant à assumer les responsabilités dans un monde aux complexités croissantes, les adultes doivent donner des exemples positifs, constructifs, de références de ces vertus cardinales de « yar et teggin », qui font du respect des aînés un comportement de profitable sagesse de chaque groupe d’âge ; et nous devons garder à l’esprit :

·       ·  qu’aucune contingence ne saurait justifier la mauvaise parole, à l’endroit, surtout, d’un innocent,
·         que, même en politique, les gens honorables le demeurent ; ils sont pondérés et tolérants
·  · que, le progrès des nations est une résultante synergétique des connaissances et des expériences des hommes et des femmes de tous âges, étant entendu que seuls les sots lient l’intelligence et l’efficacité à l’âge.

Dans une société de croyants, devrait prévaloir l’esprit de tolérance, de dépassement et de fraternité constructive.
                                                                                                                Assane Youssoufi DIALLO
Ing. Ancien fonctionnaire International

                                                                                                                   adyusufi812@ gmail.com

mercredi 4 avril 2012

LE MALI, TOUT LE MONDE S'EN FOUT ?


Assane Y. DIALLO

Dommageable anachronisme

   En d’autres temps, le pronunciamiento des troufions de Kati aurait été accueilli avec soulagement, comme celui du 17 février 2010 au Niger, mettant alors un terme (attendu) à la dérive dictatoriale du président  Tandja. Ici, il s’agirait du laxisme de Touré, qui, depuis des années, a laissé le territoire de son pays devenir le sanctuaire des criminels d’AQMI ; au point où, c’est son homologue de Mauritanie, Ould Abdel Aziz, ci-devant général converti en président civil, comme lui, qui venait faire le coup de feu jusqu’à l’intérieur du Mali pour y détruire les nids des terroristes.

Dommageable laxisme

   L'élégant ATT aux magnifiques bazins amidonnés a, certainement, été le seul à n’avoir pas vu les risques potentiels de l’entrée d’une horde armée sur un territoire, dont il a fait le serment d’assurer la sécurité et l’intégrité physique. Il n’était, pourtant, pas besoin d’être général pour évaluer un tel risque.
   Tout le monde a été ahuri de constater que l’armée du Mali n’en était une que de nom, n’ayant, apparemment, pour qualité remarquable que la maitrise de l’art des « retraits stratégiques », éparpillant pitoyablement ses troupes dans les Etats voisins du Niger et de la Mauritanie.
   Comme si ce comportement peu honorable de l’armée nationale ne suffisait pas, voilà qu’un de ses capitaines vient accroitre la vacuité d’autorité, par une lamentable et anachronique initiative de coup d’Etat, dont l’inopportunité, à quelques semaines de l’élection d’un nouveau président de la République, n’atteste ni de l’intelligence, ni du patriotisme et ni du civisme de ses auteurs. N’est pas Sankara n’importe quel capitaine !
   Ainsi donc, l’un et l’autre de ces militaires, aussi bien le général que le petit capitaine, se sont comportés comme les meilleurs alliés objectifs des destructeurs de leur partie, dont la population ne sait plus à quel saint se vouer.

Mépris néocolonial

   Mais, ils ne sont pas seuls. Il y a aussi l’OTAN, cette formidable Machine de Destruction Massive, qui s’est trouvé, en la faible Libye du tonitruant et gênant colonel, une guerre de proximité, facile, d’entretien d’activité de ses effectifs et de ses matériels volants, ainsi que de promesses de juteux contrats de reconstruction. En jetant ses missiles sur la fourmilière libyenne, cette organisation aux multiples capacités d’analyse stratégique et d’anticipation, l’on ne peut pas penser qu’elle ne savait pas que son action induirait les effets destructeurs et durables dans toute la zone saharo-sahélienne d'un héritage colonial coupable de frontières improbables et aux continuités humaines transfrontalières, irréductibles aux citoyennetés courantes.
   Les maliens et l’Afrique sont endroit d’attendre une intervention réparatrice  de ces puissances de l’OTAN, dont l’interventionnisme empressé a traité par le mépris l’Union Africaine et sa sage volonté de médiation, économe de vies humaines et de destruction d’Etats.

Palabres, palabres

   De son côté, une fois n’est pas coutume, la CEDEAO montre ses muscles pour mettre un terme à la farce tragique du petit capitaine de Kati, à défaut de courage pour se battre au front, a jeté son dévolu sur la petite colline de Koulouba, vite désertée par son général de locataire institutionnel.
Mais, l’un dans l’autre, les jours et les semaines se suivent et l’incertitude sur l’avenir de leur pays grandit dans le cœur de chaque malien et de chaque malienne, qui voient fondre comme neige au soleil de ce désert de l’Azawad, lequel s’estompe progressivement à leur vue, pendant que palabrent à grand frais les irresponsables qui ont la prétention de les gouverner.
    « le MALI, TOUT LE MONDE S’EN FOUT ». Aujourd’hui, les Maliens s’en rendent compte. Dans cette épreuve capitale de risque élevé de scission de leur patrie, ceux qui auraient dû, par fonction et vocation, activer une initiative armée énergique d’urgence pour éteindre l’incendie, donnent l’affligeant spectacle de comédiens insouciants sur une scène sanglante. 

Unité vitale des nations 


   Il y a, au moins, un qui avait eu le tort d'avoir raison, c'est Kadhafi, qui n'avait de cesse de prôner la constitution d'une armée continentale et de porter avec force le projet des Etats-Unis d'Afrique. Car, on le voit au grand Nigeria, aucun de ces Etats d'Afrique, faméliques et vulnérables, n'est à l'abri de l'entreprise de destruction de la part du plus petit groupe de malfaiteurs. Peut-être comprendront-ils que le drapeau national, à lui seul, ne suffit pas à pérenniser leur existence en contexte des frontières héritées de la colonisation. 

A bon entendeur, salut ! 

 Toute reprise de cet article ainsi que de l'illustration doit indiquer la référence de l'auteur
Assane Youssoufi Diallo
adyusufi812@gmail.com

vendredi 2 mars 2012

PRESIDENTIELLES-SENEGAL-2012 : FURIES ET RAISON


1.     Ressorts de paix

On ne sait par quel philtre diffus les politicien(ne)s arrivent à entraîner leurs compatriotes dans leurs fugaces certitudes, au point de leur faire perdre raison, et jusqu’aux tragédies qui ont endeuillé nombre de familles au cours de la campagne présidentielle qui s’achève. Pour ces dommages irréparables, causés à la nation tout entière, avec ses effets sociaux et économiques réducteurs, le bilan personnel desdits politiciens est, d’ores et déjà largement négatif, pour le lourd passif humain, dont des espoirs défunts dans les familles de ces jeunes fauchés dans la fleur de l’âge. Mais, fort heureusement, le peuple, lui, est sorti vainqueur de cette folie meurtrière, armé, comme toujours, du bon sens et des valeurs cardinales qui le caractérisent.
Ainsi donc est passé l’ouragan annoncé, qui avait fait affluer sur le Sénégal toute la presse étrangère avide de catastrophes annoncées à longueur de fréquences et de colonnes. Les titres sensationnels qui allaient faire monter les ventes sur le sang et les larmes des sénégalais sont morts dans l’œuf. La déception est, sans nul doute, grande dans certaines rédactions en attente fébrile de confirmation de leurs tendancieuses analyses et leurs sombres présages, aguichés en cela, il est vrai, par d’impressionnants écrans de télévisions privées locales flamboyant en boucle d’incendies de pneus et d’autodafé de tréteaux branlants d’innocents laborieux petits commerçants. Dieu merci, la raison a prévalu. Le peuple croyant n’a pas douté en sa capacité à refuser l’embrasement ; et l’a prouvé au monde. Les oiseaux de mauvais augure en ont eu pour leurs frais.
Même si le processus n’en est, apparemment, qu’à mi-parcours de la décision finale, tous ceux qui aiment ce grand petit pays ouest-africain se félicitent du climat de sérénité de ce 26 février 2012 qui restera dans les annales comme le jour d’une démocratie sénégalaise triomphante. Le chef de l’Etat sortant avait bien raison de répliquer aux injonctions étrangères que le Sénégal n’avait de leçon à recevoir de personne.
Ceux qui ont été prompts à comparer le Sénégal à d’autres Etats de la région, où la moindre étincelle devient un inextinguible incendie, montrent leur ignorance de ce pays par d’aussi absurdes rapprochements. Ici, la religion irrigue tout le corps social, avec le rappel constant et quotidien, par des voix révérées, des principes fondateurs de la paix civile : modération, tolérance et solidarité ; la famille y est une institution sociale fondamentale, avec ses ramifications parentales porteuses de fortes capacités de censure sociale ;  l’alcool et les stupéfiants n’y sont pas d’usage courant ; le racisme, le tribalisme et le sectarisme ethnique et religieux y sont inconnus ; le brassage interethnique a dissous définitivement les caractères ethniques et les castes ; les facteurs et occasions de sociabilité y sont nombreux et fréquents. Ces caractéristiques sont celles d’une nation, et expliquent l’aversion du peuple sénégalais pour les comportements extrémistes et les idéologies athéistes, dont les organisations n’ont jamais réussi à être de masse. Or, c’est l’absence, dans certains pays d’Afrique et d’ailleurs, de ces caractéristiques cardinales qui est à l’origine d’évènements générateurs de catastrophes humaines.
C’est pour tout cela que, dans ce Sénégal qui, très tôt, sous la colonisation française, a donné à l’Afrique tant de « premiers » (ministre, député, officier, médecin, avocat, agrégé, etc..), il est malaisé de comprendre comment certains des héritiers présumés de cette plus ancienne démocratie africaine, et qui se réclament des bénédiction des doctes précurseurs et guides de l’islam en Afrique, en sont arrivés à perdre raison au point de souiller de sang et d’arroser de larmes leur ambition de pouvoir, qui, à ce prix, ne peut convaincre de l’utilité du sacrifice pour l’intérêt réel de leur nation. Même pour des principes.
L’issue transitoire de ce scrutin présidentiel de l’an 2012 a bien montré que, plus que tout autre chose, le peuple a, d’abord, sanctionné les comportements ; négativement, l’intellectualisme, l’arrogance, l’intolérance et l’extrémisme ; et positivement la modestie, la modération, la sociabilité. Les bons conseils des éminents sociologues que compte le pays auraient pu éviter toutes les illusions génitrices de déceptions, vécues ces dernières semaines par des hommes et des femmes, dont on ne peut douter de la sincérité et de la bonne foi ni de l’amour pour leur peuple. Il y a seulement qu’ils ne semblaient pas connaître les ressorts intimes de ce peuple, au nom duquel ils se plaisaient à se réclamer, certainement de bonne, mais immodérément et illégitimement.

2.     Mémoire de l’escalier

Il est aussi surprenant que les divergences sur le renouvellement du mandat présidentiel se révèlent si tardivement et avec autant de furie ; surtout de la part de personnalités éminentes, qui ont servi sous cette Constitution, avec enthousiasme souvent, tant que durait leur compagnonnage avec le chef de l’Etat libéral. Le melting-pot idéologique d’inattendues connivences, auquel ils avaient participé, laissait, pourtant dubitatifs nombre d’observateurs ; car, la différence de potentiel d’énergie entre communistes-trotskistes et capitalistes-libéraux était lourde de risques d’arc destructeur de la paix civile qu’aucun fusible n’aurait pu protéger. Mais, il est vrai que c’était le temps d’une forte perspective de carrières, anesthésiante de toutes ces remarquables capacités d’analyse doctement déployées à présent sur les nuances les plus ténues des dispositifs constitutionnels, alors adoptés avec unanimité mais aujourd’hui décriée ; par les mêmes acteurs éminents .
Le débat qui s’apparentait à un spectacle tragique de comédiens alertes n’est pas sans donner à réfléchir sur la perspicacité de la plupart de ceux qui affichent une ambition forte de diriger le Sénégal. La mémoire de l’escalier, dont ils font montre aujourd’hui, fait douter de l’intensité de cette réactivité attendue d’un dirigeant, et qui traduit son aptitude à relever en temps réel les impertinences dommageables pour l’intérêt de ses administrés ainsi que les contre-intérêts stratégiques d’une nation. Une constante de temps de cinq années, c’est long pour réagir.
Mais, dans cette affaire de « je reste- tu pars », il s’agirait bien d’une histoire de « malin et malin et demi » ; une confrontation dans laquelle le second, en l’occurrence « je reste », semble avoir été plus perspicace. Sa redoutable et incontestable capacité d’anticipation et d’aiguillage de ses concurrents, par le verbe, sur des chemins creux et des culs-de-sac, mettent à rude épreuve les engament les plus fondamentaux de ses challengers. Car,  finalement, (1) le scrutin a bien eu lieu à date échue, et (2) avec sa participation, réduisant à leur nature réelle les serments et les protocoles d’union stratégiques historiques et « indéfectibles », qui n’ont pas résisté à l’incoercible pression d’irréductibles  antagonismes d’égos singuliers. L’implosion du Benno Siggil Sénégal (BSS) était courue d’avance pour tous les initiés de l’histoire politique du pays.
L’on peut imaginer le sourire malicieux du président Senghor, dont l’incomparable perspicacité avait, pourtant, il y a déjà une trentaine d’années, averti de la réalité d’aujourd’hui, quand il attribuait à celui qui allait devenir son second successeur, le sobriquet de « ndiombor », ce lièvre de nos contes, jamais pris en défaut. Impressionnante analyse du caractère de celui qui était, pourtant, alors, son farouche opposant de droite, au libéralisme imposé, après avoir été son compagnon de parti socialiste.

3.     Boole gagnant

Pauvre Constitution, dont se découvrent, aujourd’hui, des milliers de gardiens, prêts à tout pour son respect, jusqu’au sacrifice suprême (sic). L’engagement est louable ; mais le fait est que, dans ce déploiement d’un civisme brandi en étendard, les soldats des différents camps ne s’accordent pas sur les règles du jeu, et même sur ce qu’il faut défendre. Parce qu’il s’agit de mots et de subjectivité portée par l’interprétation et l’intime conviction, caractéristiques de la plasticité opérationnelle des sciences juridiques. Les débats de juristes sont ainsi toujours des labyrinthes semés de pièges sans fin. Que n’invitent-ils pas la mathématique dans leurs débats ! L’économie tout entière y gagnerait. Car, le sujet de la controverse, qui a tant coûté à l’économie en temps monnayable, ne serait, prosaïquement, qu’une banale histoire de compteur sur un circuit qui se trouve être commandé par trois, au lieu de deux, impulsions par son concepteur, un juriste-mathématicien, il ne faut pas l’oublier.
En effet, pour le nombre de mandats, des  initiés en logique boolienne auraient, naturellement, identifié la présence d’une RAZ (remise à zéro) redondante, autorisant le complément à 2 d’un 0+1, dont le complément à 2 est 1, là où l’opposition compte 1+1, dont le complément à 2 est 0. De même pour ce fameux OU du portage de candidat (parti ou coalition). Les booliens auraient pris la précaution de préciser le type de la fonction : OU exclusif (possibilité unique), OU inclusif (possibilités multiples).
On le voit, la méthode est simple, rigoureuse, avec une efficacité attestée par tous ces systèmes électroniques qui structurent la vie moderne. Son application aurait rendu impossible le quiproquo responsable de tant de détresses humaines et de dommages économiques, imputables à l’imprécision textuelle. Celles d’un texte à dualité de compréhension permise par la plasticité des sciences juridiques
Moralité : En interdisciplinarité, la  mathématique apporterait aux sciences juridiques et à la politique la la vertueuse précision des domaines de production matérielle. Pourquoi ne pas essayer ?

4.     Cinquième en clone

Or donc, comme parlerait le maître Senghor, voilà un groupe d’honorables personnes qui, des semaines durant, ont donné le tournis à la quasi-totalité de leurs compatriotes, dont une majorité d’illettrés dans la langue officielle, qui se trouve être une langue étrangère. Ils ont tourné et retourné dans tous les sens des articles d’une Constitution, dont leur peuple ne connait, et ne comprend pas grand chose, même s’il est réputé l’avoir adoptée par référendum (la belle affaire !) ; alors que ladite « Charte Fondamentale » est concoctée et rédigées dans une langue aux hermétismes notoires, accessibles seulement à quelques pratiquants rompus à ses arcanes. Et puis, il ne s’agit que d’un clone tropical de la Constitution gaullienne créant la cinquième, quasi-monarchique, République française ; un texte taillé sur mesure pour un personnage qui n’aurait pas récusé une couronne, et qui a été le génial avorteur de nos volontés d’indépendance réelle, en 1958.
Que n’a-t-on fait, en Afrique, depuis un demi-siècle, montre d’originalité en imaginant des institutions autres que cet appauvrissant copier-coller de tous nos retards ?
La grande arnaque, ce n’est ainsi pas celle, traditionnelle, que les politiciens se font entre eux ; mais bien celle qu’ils font, de concert, à leur peuple.
La Constitution et les lois sont en langue étrangère, et sont intégralement méconnues de 99,99999..% d’une population, pourtant réputée les avoir adoptées, et censée ne pas les ignorer. Il est évident que le vote d’une telle population ne peut être significatif d’opinion documentée sur un quelconque programme. C’est ainsi qu’il n’existe pas d’opinion publique capable de censure politique objective. Le choix du peuple va à ceux qu’il connaît et qui prennent la peine de le connaître, ceux qui le fréquentent, et pas seulement en opportunes « proximités » électorales ; qui prennent part à ses évènements sociaux, heureux et malheureux. C’est ainsi que les notoriétés extérieures, aussi brillantes et flatteuses qu’elles soient, ne résistent pas aux vertus de la chaleureuse et humble sociabilité traditionnelle du partage de repas dans un humble logis. Les références idéologiques statutaires sont incompréhensibles par le plus grand nombre, lequel ne supporte durablement que les hommes et les femmes qui montrent une aptitude à l’écoute et à satisfaire ses besoins économiques et sociaux vitaux, et de sécurité, raison d’être de l’Etat.

5.     Démocratie bridée

Par ailleurs, la démocratie, tout autant que l’alternance générationnelle, légitimement exigées de l’exercice du pouvoir d’Etat, sont tout autant attendues, et d’abord, des partis politiques, mais, également, des organisations dites de la société civile ; la différenciation entre les deux types de structure souvent est ténue, aussi bien dans  leur mode de fonctionnement, que dans les méthodes d’action. Les deux renvoient l’image d’entreprises perso, sans démocratie interne, le chef, inamovible, s’imposant invariablement en candidat « naturel » à la fonction suprême. C’est ainsi que, pour ces présidentielles sénégalaises, de légitimes et crédibles vocations à candidature n’ont pas pu éclore au sein de certains grands partis, au regret d’une partie de leurs électeurs.
Par ailleurs, dans les évènements récents, la trop grande proximité avec des organisations politiques tendues, par nature et fonction, vers la conquête du pouvoir, a paru réductrice des capacités attendues de médiation objective de certaines organisations emblématiques de la société civile. Elles en ont, incontestablement, perdu une part sensible de leur force d’influence morale pour une partie de la population.
Le couper-coller, c’est aussi de croire que le Sénégalais pourrait être le clone du Tunisien, de l’Egyptien ou du Libyen, et que la place de l’indépendance ou de l’obélisque pourrait être Tahrir Square. Différences de nature de régimes, mais aussi, et surtout, de caractéristiques cultuelles et culturelles ; d’histoire et de sociologie.  Il est attesté par les anales que la dévolution pacifique du pouvoir est inconnue dans la culture moyen-orientale, de laquelle se réclame le septentrion africain. Le contexte des successions califales du Prophète (paix et Salut sur Lui) en donnent des exemples tragiquement édifiants, ainsi que l’actualité. Sur cet aspect aussi, la balle est dans le camp des historiens et des sociologues pour une œuvre d’originalité politique productive, intégrant des valeurs culturelles populaires, dont les religieuses ne sont pas les moindres. Les résultats relatifs du scrutin sont édifiants sur l’impact et l’approbation de l’action des uns et des autres par le vrai peuple, qui n’a jamais été au rendez-vous des « places ». Son vote en a sanctionné durement les animateurs, incontestablement courageux, mais dont la méthodologie  d’action paraît avoir ignoré la sociologie locale.

6.     Langues absentes

 Pourquoi tout ça ?  Bien sûr, dans les camps concurrents d’un pays devenu celui du millier de constitutionnalistes, des voix fortes diront que c’est pour « défendre La Constitution ». Et ces doctes voix discordantes, persuadées, chacune, de détenir l’exclusivité de « la vérité », ajouteront que c’est « pour le peuple », au nom duquel chacun se présente en plénipotentiaire. Dangereuse prétention !
En réalité, toute cette chienlit (pour reprendre le mot du général De Gaule) n’a été que la preuve de l’échec de ces « grands leaders » politiques de toutes obédiences, qui ont, tous, été au pouvoir, à tous les niveaux de la hiérarchie de décision sous le magistère de Senghor, Diouf ou Wade. Pourtant, aucun d’eux n’a jamais pris la bonne décision ; celle qui aurait consisté à installer la base permanente d’un débat national constructif. Cette bonne décision, dont Cheikh Anta DIOP fut l’emblématique incitateur solitaire, c’est l’éducation nationale en langues nationales, qui constitue l‘unique instrument de productive libération politique et économique, ainsi que de participation d’un peuple à la construction de son destin. L’éducation nationale, pas seulement l’alphabétisation, en langues nationales éradiquerait le mandarinat de ces « connaisseurs de la langue des Blancs », qui exercent sur leur peuple une réelle dictature de la pensée. Or, l’état de l’Afrique n’a pas encore convaincu de l’opérationnalité du savoir de ces « intellectuels » ni de l’utilité de leurs diplômes. Il n’est pas d’exemple au monde d’une économie épanouie par une culture étrangère exclusive, comme le sont les langues des colonisateurs en Afrique ; qui ne fera pas exception à la règle.
Ce n’est que la capacité de chaque citoyen à lire et à comprendre la Constitution et les lois et règlements en langue maternelle, que la démocratie sera une réalité assumée par le peuple tout entier.

7.     Gémellité programmatique

En attendant, la vacuité du discours des uns et des autres présidentiables en propositions faisables est très inquiétante. La rhétorique est identique en généralités faciles sur papier glacé, qui ne résistent pas à l’analyse : le plein emploi des jeunes (quid des adultes, pères et mères de famille ?), la santé pour tous, les denrées alimentaires aux prix plancher, l’école pour tous, l’agriculture en priorité cardinale, etc. etc. C’est en vain que l’on cherche une originalité fondamentale avec les promesses de l’an 2000 ; ainsi que des différences avec ce que fait, ou dit programmer, le gouvernement actuel. C’est ainsi qu’on est surpris d’entendre certains prétendre que les infrastructures ne sont pas la priorité, ce qui révèle une inquiétante ignorance des facteurs du développement économique et social. Ce sont les bonnes infrastructures qui améliorent l’accessibilité à l’alimentation, à l’éducation et à la santé. Cela, un homme politique honnête doit en faire la pédagogie au peuple.
Par ailleurs, l’on n’a pas entendu les généreux prometteurs expliquer comment ils allaient réaliser leurs mirifiques engagements, en quels objectifs, quantifiés et rapportés à quelles factualités, et avec quelles ressources. Des chiffres étaient attendus permettant d’asseoir la conviction de l’électeur par la plausibilité !
Il était attendu de candidats à ce niveau suprême de responsabilité nationale d’expliquer :
a)      comment établir l’adéquation formation-emplois, solution radicale au chômage ;
b)      comment orienter l’investissement, qui, aujourd’hui, dépendant d’une aide étrangère aux fluctuantes improbabilités, et qui se visualise en sinusoïde amortie depuis des décennies.
Il est dommage que la tournure des évènements aient frustré le « peuple » des sources de réponses à ces deux questions, qu’auraient constituées des face-à-face radiotélévisés de binômes mémorables, tels que Tanor-Niasse, Wade-Sall, Gadio-Fall, entre autres. Toutefois, sans préjuger des résultats définitifs du premier tour, l’on ne désespère pas d’un débat entre les protagonistes de l’éventuel second tour.
Il y a des promesses qui le sont bien en l’air, dans le contexte d’une mondialisation inappropriée à l’Afrique, incompatible avec son ambition légitime de développement et suicidaire de ses économies balbutiantes. Car, il est évident qu’une économie non planifiée, sans monnaie ni système bancaire propres, avec des banques étrangères rétives aux financements significatifs de l’entreprenariat endogène, et donc à toute possibilité crédible de génération de valeur ajoutée manufacturière, ne peut réaliser de développement significatif.  Les vraies, et courageuses, réformes n’ont été annoncées par aucun candidat.

8.     Vérités aux jeunes

Dès lors, et dans un tel contexte national et mondial, les aspirants au fauteuil présidentiel devraient expliquer comment un seul petit pays d’Afrique serait capable d’accéder à l’émergence économique, comme ils/elles le prétendent, sans envisager l’intégration africaine et le marché commun continental, seul contexte capable de permettre à l’Afrique, par la mutualisation de ses ressources et capacités, d’atteindre, face aux autres grandes économies du monde, la parité de pouvoir de négociation que qualifie l’émergence. Or, les candidats sont étonnement muets sur cette question de l’intégration physique continentale, d’un éminent intérêt pour cette jeunesse, les parents et grands-parents ayant, jusqu’ici, échoué.
Sur ce point, les panafricanistes ne cesseront pas de sitôt de regretter la dislocation du brillant binôme Wade-Gadio, qui avait fortement porté le projet fédéral africain, et installé l’espoir d’un processus d’émergence d’un gouvernement africain.
Pourtant, les politiciens avertis savent qu’il est illusoire de croire qu’un seul Etat d’Afrique pourrait sortir du mal développement, mais ils se gardent bien de dire la vérité à ces millions de jeunes aux déferlements parfois destructeurs, nourris d’inquiétudes par un contexte local qui ne leur offre pas de perspectives d’avenir salarial, comme cet jeune Nord-Africain qui me disait être « né à la retraite ». Désespérante réalité d’un adulte de 35 ans, prenant conscience de l’impossibilité structurelle de l’économie de son pays, pourtant riche d’hydrocarbures, à lui assurer un avenir de confort salarial. Ses semblables se comptent par centaines de millions en Afrique ; qui se nourrissent de l’illusoire conviction à trouver dans le rap et les dramatiques traversées de mers une issue à leur détresse.
Les jeunes doivent savoir et comprendre que :
·         pour se donner les meilleures chances de servir leur pays et l’Afrique, il n’y a d’autres moyens que l’éducation et la formation qualifiantes à la vie sociale et à la production;
·         chaque destruction de bus ou de bien collectif est un facteur de leur appauvrissement personnel et celui de leur famille, par réduction du patrimoine national ; et que, le rétablissement de la qualité de service, au profit des usagers, dont les plus concernés sont les jeunes, impose le remplacement de ce bien social au moyen d’un impôt supplémentaire ;
·         chaque destruction de propriété privée est un tort irréparable réduisant à néant, parfois, le fruit du labeur de toute une vie ; l’auteur en porte une responsabilité matérielle et morale inextinguible ;
·         ce sont eux, au seuil de la vie active ou aspirant à y entrer, qui seraient les premières victimes des effets désastreux des destructions et du désordre d’aujourd’hui.

9.     Originalité introuvable

A ces jeunes désespérés, qui s’accrochent aux chimères et deviennent les victimes innocentes des échéances électorales, les politiciens ne disent pas ces vérités, tout comme ils ne leur révèlent pas que le chômage est consubstantiel au capitalisme, dont les chômeurs constituent l’armée de réserve, pour paraphraser Karl Marx. Or, la vérité, c’est que, nonobstant les étiquettes idéologiques proclamées et les professions de foi des partis politiques, le capitalisme, derrière des euphémismes, comme le libéralisme ou le néosocialisme africain, est bien la doctrine économique du Sénégal, mais aussi de l’Afrique, en général. Certes, y sont pour quelque chose les exigences feutrée des IFI (Institutions Financières Internationales) qui, au demeurant, ne sont que des banques au service de leurs actionnaires majoritaires, mais le facteur dominant, c’est l’absence de cette volonté proactive d’originalité qui explique le poids relatif croissant des économies asiatiques ; ainsi que l’absence d’initiatives et de contre-propositions de la part des gouvernements africains, incroyablement passifs face au initiatives du système multilatéral, en général.
Les économies asiatiques, auxquelles les Africains se réfèrent souvent, avec admiration, tirent leur productivité d’une intelligente proactivité, faite d’une association judicieuse de leurs valeurs culturelles et cultuelles et de la modernité dans leurs politiques de développement ; ils montrent une voie à succès. C’est ainsi que la démonstration est impossible de la pertinence d’une hypothèse de décollage de l’Afrique, tant que cette dernière n’aura pas fait, elle aussi, preuve d’originalité doctrinale en matière économique. Cette originalité est attendue, légitimement, de nos éminents économistes, sociologues et autres philosophes, en rupture de ces couper-coller qui n’ont généré, depuis un demi-siècle, que des coûts cumulatifs de non qualité et de non progrès. Les diplômes doivent faire la preuve de leur utilité opérationnelle en contexte, et les hommes politiques ne montrent pas de volonté de procéder à la révolution adaptative indispensable d’un système d’enseignement et de formation sclérosé.

10.            Refondatrices attentes

Dans un pays qui se targue d’être habité par la foi religieuse, si les croyants l’étaient vraiment, ceux qui aspirent à le diriger s’appliqueraient à dire toutes ces vérités, pour éviter à leur peuple de rêver les yeux ouverts, sur la foi de promesses  grosses des désillusions futures (puisque les promesses  n’engagent que ceux qui les écoutent, comme dit l’autre) et qui ne seraient que le piège sans fin vers un sopi prochain.
Il est attendu des tous les acteurs de la vie politique, partis autant que société civile :
a)      des exemples d’alternance et de démocratie internes, pour accroître leur crédibilité morale de défenseurs des intérêts de leurs concitoyens ;
b)      la formation civique de leurs militants, et en particulier des jeunes, lesquels ont vocation à faire décoller l’Afrique par la réflexion sereine et l’action constructive, de laquelle se construisent, par accumulation historiques, les patrimoines qui constituent, eux-mêmes, les enviables économies du haut du tableau ;
c)       d’expliquer que la satisfaction de la demande sociale n’est pas, seulement, l’affaire du président ; mais l’effet cumulatif des efforts productifs quotidiens de chaque citoyen et de tous, et qu’il faut, effectivement, « travailler, toujours travailler, encore travailler » et accepter de supporter des sacrifices pour le bien commun.
Alors, Messieurs et Mesdames  les politiques, merci d’avoir, finalement, accompli votre devoir civique, en évitant à votre peuple des peines inutiles. Votre attitude a été même un acte de charité. Dans le processus terminal de cette longue veillée électorale, dans laquelle vous avez tenu en haleine tout le peuple croyant, poursuivez à garder cette attitude qui vous honore et honore le Sénégal tout entier, qui vient, encore une fois, de démontrer qu’il sait garder raison, même dans la tempête, et que ses citoyens savent utiliser à bon escient le seul outil d’expression de leur pouvoir démocratique : le bulletin de vote.
Assane Youssoufi DIALLO
Ingénieur – Consultant international
Adyusufi812@gmail.com

jeudi 9 juin 2011

LE NOUVEAU DEFI AFRICAIN


Assane Youssoufi DIALLO
Editions Unibook - 46p – couleurs sous jaquette
Le livre
Endogénéité, efficacité, économie. Trois caractéristiques portées par sept principes affirmés ou rappelés en diverses occasions par les chefs d'Etat initiateurs. Ces principes vertueux sont à l’origine de réussites de grandes ambitions nationales et régionales sous d’autres cieux. Pourquoi l’Afrique ne les appliquerait-elle pas ?
Le Nouveau Défi Africain, c’est le NEPAD fondé sur ces sept principes, recentré sur les urgences et les ressources continentales, en priorité, et cadré en cohérence avec les professions de foi et objectifs stratégiques fixés par les Actes fondamentaux des institutions continentales, de l’OUA à l’UA.
Homogénéité, distribution fonctionnelle, suppression de la dispendieuse gémellité institutionnelle, l’approche méthodologique proposée est inclusive de tous les acteurs du développement de l’Afrique, les peuples au premier rang. Le NEPAD est conservé dans l’intégrité de son contenu, avec l’industrie, hissée au rang de domaine à part entière.

L'auteur
« Un Citoyen d’Afrique », ingénieur ancien fonctionnaire international, expert principal consultant en planification, organisation et développement industriel, acteur d’initiatives continentales : PAL, PANAFTEL, UNTACDA, DDIA, AFROSAT (Rascom), INDAFTEL. Coauteur du protocole R2-Uniforme-Panaftel, codéveloppeur de la 1ère carte téléphonique prépayée pour l’Afrique et concepteur, pour la BOAD, de la boucle optonumérique de l’UEMOA.

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