CNRI : L’INTOLERABLE CONTRE MBOW
Les gens
légers, bornés, les esprits présomptueux
et enthousiastes veulent en toute chose
une conclusion…
(Gustave Flaubert)
Ignorance en tempête
Le rapport, qui lui vaut tant de
pénibles récriminations, n’est pas le sien, mais celui d’un groupe ad-hoc de
très haut niveau, émanant de la volonté du chef de l’État, lui-même ; et l’on ne peut pas
imaginer que ce grand démocrate et homme d’esprit ait pu se comporter en
dictateur d’idées au sein de la structure que le chef de l’État a placée sous
sa responsabilité, ou qu’il ait été le rédacteur exclusif du rapport objet de
tant de controverses, prématurées en
l’état présent du cycle de traitement d’un ouvrage, auquel il n’est pas sûr que
ses pourfendeurs seraient en mesure de rajouter
la moindre contribution en français correct et compréhensible, et pertinente en
contenu.
Le professeur Mbow ne mérite pas de
malveillance, ni aucun des grands Sénégalais, qui composent la CNRI. Ce qui est
attendu, le moment venu, ce sont des critiques intelligentes, et intelligemment
motivées, mais pas de ces tonitruances creuses, dont le seul effet sera
d’affaiblir la dynamique motivante de l’exercice initiée par le chef de l’État.
Il s’agit de propositions, et non de décisions imposées ; et ces propositions sont
celles d’un groupe, et pas d’un individu. Et le président Mbow ne saurait être
l’abcès de fixation du zèle de godillots et d’opposants en mal de relief
politique.
Dans ce déluge d’insanités, l’on a
entendu, sur les ondes, les propos d’un ancien ministre du régime précédent,
semblant suggérer que le choix de l’ancien DG de l’UNESCO serait une méprise ; et de justifier cette
opinion par des propos qu’aurait tenus, dans un Émirat du golfe, l’ambassadeur d’une puissance occidentale, au
cours d’une conférence de presse. La parole de ce diplomate était ainsi servie
comme ayant une propriété ontologique discréditant semel pro semper l’ancien Directeur Général de l’Organisation des
Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO). Qu’un Africain,
de surcroît, ayant occupé des fonctions d’État supérieures, recoure ainsi à
l’opinion d’un étranger, pour discréditer son compatriote, avait de quoi
susciter de l’inquiétude, pour trois raisons :
· la surprenante perméabilité
apparente aux conditionnements mentaux étrangers dévastateurs des ambitions positives
de l’Afrique ;
· le faible intérêt apparent à une
période critique de l’histoire récente du monde, pour les affaires de
l’Afrique, dont il ne paraît pas avoir conscience de la singularité de
l’Afrique dans un contexte international, où la plupart des nations, qui ont
péjoré son histoire et se présentent, aujourd’hui, en amies, ne le sont que par opportunisme d’exploitation..
· la faible perception des réalités du système international,
dans lequel champ de liberté d’initiative « permis » au Sud en vue d’un développement réel, impliquant l’autonomie
économique et l’accroissement des capacités technologiques propres, est très
limité, au point où ceux qui y tentent de « forcer les barrières », se retrouvent souvent seuls, et le payent cher.
L’action internationale de Amadou Mahtar
Mbow, tout autant que d’autres éminentes personnalités du Tiers-monde, qui ont
« osé » agir en faveur du progrès
pour tous, est assez illustrative, et présente un intérêt préventif d’attitude,
du genre de celle de notre « ancien ministre », ainsi que, et surtout, pour la jeunesse, les « born free », qui n’ont pas la
connaissance de faits coloniaux et de leurs rémanences, qui constituent les
obstacles au développement de l’Afrique.
Courage et bonne cause
Amadou Mahtar Mbow est devenu le 7ème
Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la
Science et la Culture UNESCO) dans le contexte de la guerre froide, cette période
d’après seconde guerre mondiale, de confrontation, sans conflit armé direct,
entre les puissances capitalistes de l’Ouest, et communistes de l’Est. Ces deux
blocs surarmés dans des alliances militaires, le Traité de l’Atlantique Nord
(OTAN), et le Pacte de Varsovie, respectivement, étaient constitués en agrégats
d’intérêts, pour la suprématie dans la gouvernance du monde. Leur dangereuse
concurrence stratégique avait investi tous les domaines, toutes les
institutions internationales et to²us les continents.
Dans ce contexte, et sous
l’influence du Nord, « chaque Africain a(yant) son
Blanc », selon le
mot savoureux de mon cousin sérère, le président Senghor, l’Afrique, aussi, était
divisée en deux groupes ; d’un
côté, celui des États modérés, pro-occidentaux, dit de Monrovia, et, de
l’autre, le groupe des progressistes,
dit de Casablanca. Cette division pseudo-idéologique a valu au continent l’échec
historique du projet fédéral des États-Unis d’Afrique, en 1963, auquel il a été
substitué l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), institution de coopération
sans capacité exécutive, devenue Union Africaine (UA) en 2001.
Entre les deux grands blocs
mondiaux, s’était constitué un regroupement informel de pays d’Afrique, d’Asie
et d’Amérique Latine, avec, comme substrat partagé, l’affirmation
d’indépendance organique des deux blocs idéologiques. Ce groupe dit des Non
Alignés, en droit fil de l’esprit de l’historique Conférence de Bandoeng
(Indonésie) d’Avril 1955, sera assimilé et connu comme le groupe des 77, de
forte influence dans les grandes rencontres du système des Nations Unies
Dans ce contexte, le Professeur
Amadou Mahtar Mbow, militant de l’indépendance et panafricaniste, a été, avec
le regretté Professeur Assane Seck, entre autres, l’un des dirigeants, du Parti
du Rassemblement Africain (PRA-Sénégal), qui allait s’agréger à l’Union
Progressiste Sénégalais (UPS) de Léopold Senghor et Mamadou Dia, pour donner
naissance au Parti Socialiste Sénégalais (PSS).
C’est donc dans le contexte
international particulièrement agité des années 70, que cet Africain, au parcours
de militant politique de gauche, mais non dogmatique, et plusieurs fois
ministre dans son pays, le Sénégal, était devenu le 7ème Directeur
Général de UNESCO, l’Institution certainement la plus idéologique du système
multilatéral, parce que champ clos d’une bataille feutrée, mais implacable,
d’influence sur le Savoir. Pour les observateurs, l’arrivée du ci-devant DG
Adjoint à la tête de l’Exécutif de l’institution de la place de Fontenoy à
Paris, ne pouvait que traduire une volonté forte des 77, d’imprimer un virage
stratégique, qui devait rompre la continuité « occidentale » de la gouvernance de l’honorable et prestigieuse
Organisation, qui a prévalu depuis sa création, en 1946.
Ce citoyen d’un petit pays
d’Afrique de l’Ouest « française », dont le président, l’un
des animateurs emblématiques du groupe de Monrovia et pro-occidental affirmé,
ne partagerait pas toutes les idées, engage une nouvelle doctrine de
rééquilibrage et de partage des « ressources de l’esprit » entre petites et grandes nations du monde. Par un
nouveau paradigme de coopération internationale, l’objectif du nouveau DG était
de réduire l’amplitude des écarts accumulés par le Sud, et sa méthode a
consisté en une forme de discrimination positive en faveur de la plus grande
partie de la population mondiale, celle des nations du Tiers-monde. Une telle
orientation, à l’évidence, ne pouvait pas être du goût des économies dominantes,
par ailleurs, ses principaux bailleurs. Et, ils n’ont pas manqué, tout au long
de ses mandats, de le lui faire sentir.
Ces grands États-membres, qui
voyaient leur position dominante affectée, ne pouvaient pas, bien
naturellement, tolérer la démarche de cet Africain « irraisonnable », même si sa volonté d’équité
et de justice entre les nations, en faveur de la paix entre les hommes, ne
traduisait que le crédo fondateur de cette grande institution, dédiée à l’éradication
de la guerre par l’éducation, la science et la culture ; l’inculcation, en quelque
sorte, chez tous les Hommes, de l’esprit « positif », pour parler comme les rastamen. La suite des événements nous a édifiés sur la signification réelle des grands principes de
morale internationale, auxquels ne croient, que les « naïves » petites nations, en
particulier d’Afrique.
Solitude et action en tempête
Tout le monde avait assisté, alors,
à l’incroyable progression d’une campagne de dénigrement, de la part de
certains « grands » États-membres de l’Ouest,
contre ce DG Africain de l’UNESCO, au prétexte d’une gestion insatisfaisante
des ressources. Un procès en sorcellerie, contre lequel, ont été rares en sa
faveur, les voix africaines, et même du Sénégal, où celle du Professeur Iba Der
Thiam a été de celles qui a sauvé l’honneur. La situation vécue alors de Amadou
Mahtar Mbow, ne fut qu’une récurrence historique de l’adversité, qu’ont vécue
tous les Africains engagés en faveur de la liberté, de l’égalité et du progrès,
toutes choses dont l’objectif final n’est, pourtant, que la promotion de la
paix entre les hommes. L’histoire en fournit des exemples emblématiques.
Il a achevé sa mission à la tête de
l’UNESCO, en nous laissant des accomplissements d’intérêts universels, et particulièrement
profitables aux Pays les Moins Avancés (PMA), et, singulièrement, à l’Afrique Rappelons-en
quelques-uns :
· · L’initiative d’un Nouvel Ordre Mondial de
l’Information et de la Communication (NOMIC), qui a « déstabilisé » les dominations
traditionnelles du Nord, avec la théorisation d’une nouvelle philosophie et d’une
approche innovante du partage, dans le domaine aussi stratégique que la
circulation du savoir, en tant que ressource commune à toute l’humanité Pour
les économies du Sud, c’est une nouvelle philosophie participative, qui leur
ouvre des perspectives de développement accéléré, par l’accroissement et la
diversification de capacités sectorielles, en ressources humaines, recherche-développement
matérielle et logicielle, manufacture,
génération et dissémination de l’information, etc. ;
· ·La rédaction d’une Histoire Générale de l’Afrique, qui
a permis à nos historiens les plus éminents de nous permettre de disposer d’une
impressionnante vulgate de référence, des faits de l’évolution du continent, de
la préhistoire aux temps modernes ;
· · Le Programme International de Développement de la
Communication (PIDC), qui a permis d’impulser les progrès impressionnants, que
nous vivons, des moyens, ressources et structures de la communications
électronique et sociale, et dont ont particulièrement bénéficié les pays du
Tiers-monde ; jusqu’alors
campés dans un rôle de récepteurs et de consommateurs passifs de biens
matériels et immatériels de communication et d’information, les pays du Sud ont
pu bénéficier, de la part de ce programme, de l’expertise, et des ressources, financières, ainsi que
d’équipements ; ces pays
sont devenus des acteurs significatifs du domaine des technologies de
l’information et de la communication, au profit d’une économie mondiale plus
attentive aux besoins de toutes les catégories d’utilisateurs et de
consommateurs.
·
La promotion et la généralisation de la diffusion en
Modulation de Fréquence (FM), par une synergie d’actions programmées de
l’UNESCO et de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) ; l’accessibilité économique
à la technologie de la FM a ouvert aux faibles économies du Sud le champ de l’information libre et
instantanée, et contribué à la promotion de l’expression démocratique, toutes
choses particulièrement profitables au développement économique et social des
nations.
Dans le cadre, d’une Instituions spécialisée
de l’OUA, dont j’étais en charge du département technique, le PIDC nous avait
permis d’exécuter une importante étude sur la propagation des ondes
radioélectriques en contexte pluvieux, d’un grand intérêt pour le continent
africain. Par ailleurs, en tant que membre d’organes de programmation du développement
sectoriel des transports et communications, je puis témoigner que la présence
et l’appui de l’UNESCO, sous le 7ème DG, a largement contribué à la
mise en œuvre d’initiatives en faveur de l’accroissement des capacités structurelles
en technologies de communication et d’information dans les PMA, en général, et en
Afrique, en particulier.
Viol de valeurs
Il est évident que l’implication dans
des exercices de réflexion nationale, d’un homme, qui a joué un rôle aussi
éminent et aussi productif pour le progrès et la paix du monde, ne peut être
qu’un acte de civisme exemplaire. Sa démarche, qui ne saurait être assimilée à
celle d’adversaire ou de supporter à quelque régime que ce soit, ne saurait
être comprise qu’étant de constance d’une forte conviction proactive pour le progrès
de son pays, en composante dynamique et exemplaire d’une Afrique libre en
vocation d’unité continentale. Il ne saurait être permis de douter qu’il
partage cette conviction avec toutes les respectables et honorables
personnalités par lesquels a été constitué la CNRI par le président de la
République.
Les propos désobligeants et les
grossièretés verbeuses ne constituent pas des marques de l’intelligence
proactive, dont a besoin le Sénégal et l’Afrique, et n’honorent, ni ne
grandissent leurs auteurs, qui dévoilent leur nature, puis que l’on sait de quel
genre d’individus la malveillance est l’arme.
La rémanence de crispations et
d’antagonismes nés des Assises Nationales est perceptible dans certaines manifestations
d’opinion; à présent, les uns et les autres devraient pouvoir montrer une
capacité de s’en départir, pour se tourner vers le débat d’esprit, dans lequel
est attendue la critique intelligente des seuls produits de l’esprit, que sont
les propositions du groupe. S’agissant d’une œuvre collective, la dignité et
l’honorabilité Intuitu personae de chacun des membres de la CNRI doivent être impérativement
respectées et préservées.
Aux plus jeunes, qui lisent et
écoutent, et auxquels doivent être donnée une éducation productive de progrès, les
préparant à assumer les responsabilités dans un monde aux complexités
croissantes, les adultes doivent donner des exemples positifs, constructifs, de
références de ces vertus cardinales de « yar et teggin », qui font du respect des aînés un comportement de
profitable sagesse de chaque groupe d’âge ; et nous devons garder à l’esprit :
· ·
qu’aucune contingence ne saurait justifier la mauvaise parole, à
l’endroit, surtout, d’un innocent,
·
que, même en politique, les gens honorables le demeurent ; ils sont pondérés et tolérants
· · que, le progrès des nations est une résultante synergétique des
connaissances et des expériences des hommes et des femmes de tous âges, étant
entendu que seuls les sots lient l’intelligence et l’efficacité à l’âge.
Dans une société de croyants,
devrait prévaloir l’esprit de tolérance, de dépassement et de fraternité constructive.
Assane Youssoufi DIALLO
Ing. Ancien fonctionnaire International
adyusufi812@
gmail.com


