1. Ressorts de paix
On ne sait par quel philtre diffus les
politicien(ne)s arrivent à entraîner leurs compatriotes dans leurs fugaces
certitudes, au point de leur faire perdre raison, et jusqu’aux tragédies qui
ont endeuillé nombre de familles au cours de la campagne présidentielle qui
s’achève. Pour ces dommages irréparables, causés à la nation tout entière, avec
ses effets sociaux et économiques réducteurs, le bilan personnel desdits
politiciens est, d’ores et déjà largement négatif, pour le lourd passif humain,
dont des espoirs défunts dans les familles de ces jeunes fauchés dans la fleur
de l’âge. Mais, fort heureusement, le peuple, lui, est sorti vainqueur de cette
folie meurtrière, armé, comme toujours, du bon sens et des valeurs cardinales
qui le caractérisent.
Ainsi donc est passé l’ouragan
annoncé, qui avait fait affluer sur le Sénégal toute la presse étrangère avide
de catastrophes annoncées à longueur de fréquences et de colonnes. Les titres
sensationnels qui allaient faire monter les ventes sur le sang et les larmes
des sénégalais sont morts dans l’œuf. La déception est, sans nul doute, grande
dans certaines rédactions en attente fébrile de confirmation de leurs
tendancieuses analyses et leurs sombres présages, aguichés
en cela, il est vrai, par d’impressionnants écrans de télévisions privées locales
flamboyant en boucle d’incendies de pneus et d’autodafé de tréteaux branlants
d’innocents laborieux petits commerçants. Dieu merci, la raison a prévalu. Le
peuple croyant n’a pas douté en sa capacité à refuser l’embrasement ; et
l’a prouvé au monde. Les oiseaux de mauvais augure en ont eu pour
leurs frais.
Même si le processus n’en est,
apparemment, qu’à mi-parcours de la décision finale, tous ceux qui aiment ce
grand petit pays ouest-africain se félicitent du climat de sérénité de ce 26
février 2012 qui restera dans les annales comme le jour d’une démocratie
sénégalaise triomphante. Le chef de l’Etat sortant avait bien raison de répliquer
aux injonctions étrangères que le Sénégal n’avait de leçon à recevoir de
personne.
Ceux qui ont été prompts à comparer le
Sénégal à d’autres Etats de la région, où la moindre étincelle devient un
inextinguible incendie, montrent leur ignorance de ce pays par d’aussi absurdes
rapprochements. Ici, la religion irrigue tout le corps social, avec le rappel
constant et quotidien, par des voix révérées, des principes fondateurs de la
paix civile : modération, tolérance et solidarité ; la famille y est
une institution sociale fondamentale, avec ses ramifications parentales
porteuses de fortes capacités de censure sociale ; l’alcool et les stupéfiants n’y sont pas d’usage
courant ; le racisme, le tribalisme et le sectarisme ethnique et religieux
y sont inconnus ; le brassage interethnique a dissous définitivement les
caractères ethniques et les castes ; les facteurs et occasions de
sociabilité y sont nombreux et fréquents. Ces caractéristiques sont celles
d’une nation, et expliquent l’aversion du peuple sénégalais pour les comportements
extrémistes et les idéologies athéistes, dont les organisations n’ont jamais
réussi à être de masse. Or, c’est l’absence, dans certains pays d’Afrique et
d’ailleurs, de ces caractéristiques cardinales qui est à l’origine d’évènements
générateurs de catastrophes humaines.
C’est pour tout cela que, dans ce
Sénégal qui, très tôt, sous la colonisation française, a donné à l’Afrique tant
de « premiers » (ministre, député, officier, médecin, avocat,
agrégé, etc..), il est malaisé de comprendre comment certains des héritiers
présumés de cette plus ancienne démocratie africaine, et qui se réclament des
bénédiction des doctes précurseurs et guides de l’islam en Afrique, en sont
arrivés à perdre raison au point de souiller de sang et d’arroser de larmes
leur ambition de pouvoir, qui, à ce prix, ne peut convaincre de l’utilité du
sacrifice pour l’intérêt réel de leur nation. Même pour des principes.
L’issue transitoire de ce scrutin
présidentiel de l’an 2012 a bien montré que, plus que tout autre chose, le
peuple a, d’abord, sanctionné les comportements ; négativement,
l’intellectualisme, l’arrogance, l’intolérance et l’extrémisme ; et
positivement la modestie, la modération, la sociabilité. Les bons conseils des éminents
sociologues que compte le pays auraient pu éviter toutes les illusions
génitrices de déceptions, vécues ces dernières semaines par des hommes et des
femmes, dont on ne peut douter de la sincérité et de la bonne foi ni de l’amour
pour leur peuple. Il y a seulement qu’ils ne semblaient pas connaître les
ressorts intimes de ce peuple, au nom duquel ils se plaisaient à se réclamer,
certainement de bonne, mais immodérément et illégitimement.
2. Mémoire de l’escalier
Il est aussi surprenant que les divergences
sur le renouvellement du mandat présidentiel se révèlent si tardivement et avec
autant de furie ; surtout de la part de personnalités éminentes, qui ont servi
sous cette Constitution, avec enthousiasme souvent, tant que durait leur
compagnonnage avec le chef de l’Etat libéral. Le melting-pot idéologique
d’inattendues connivences, auquel ils avaient participé, laissait, pourtant
dubitatifs nombre d’observateurs ; car, la différence de potentiel
d’énergie entre communistes-trotskistes et capitalistes-libéraux était lourde
de risques d’arc destructeur de la paix civile qu’aucun fusible n’aurait pu
protéger. Mais, il est vrai que c’était le temps d’une forte perspective de
carrières, anesthésiante de toutes ces remarquables capacités d’analyse
doctement déployées à présent sur les nuances les plus ténues des dispositifs
constitutionnels, alors adoptés avec unanimité mais aujourd’hui décriée ;
par les mêmes acteurs éminents .
Le débat qui s’apparentait à un
spectacle tragique de comédiens alertes n’est pas sans donner à réfléchir sur
la perspicacité de la plupart de ceux qui affichent une ambition forte de
diriger le Sénégal. La mémoire de l’escalier, dont ils font montre aujourd’hui,
fait douter de l’intensité de cette réactivité attendue d’un dirigeant, et qui
traduit son aptitude à relever en temps réel les impertinences dommageables
pour l’intérêt de ses administrés ainsi que les contre-intérêts stratégiques
d’une nation. Une constante de temps de cinq années, c’est long pour réagir.
Mais, dans cette affaire de « je reste-
tu pars », il s’agirait bien d’une histoire de « malin et malin et
demi » ; une confrontation dans laquelle le second, en l’occurrence
« je reste », semble avoir été plus perspicace. Sa redoutable et
incontestable capacité d’anticipation et d’aiguillage de ses concurrents, par
le verbe, sur des chemins creux et des culs-de-sac, mettent à rude épreuve les
engament les plus fondamentaux de ses challengers. Car, finalement, (1) le scrutin a bien eu lieu à
date échue, et (2) avec sa participation, réduisant à leur nature réelle les
serments et les protocoles d’union stratégiques historiques et « indéfectibles »,
qui n’ont pas résisté à l’incoercible pression d’irréductibles antagonismes d’égos singuliers. L’implosion du
Benno Siggil Sénégal (BSS) était courue d’avance pour tous les initiés de
l’histoire politique du pays.
L’on peut imaginer le sourire
malicieux du président Senghor, dont l’incomparable perspicacité avait, pourtant,
il y a déjà une trentaine d’années, averti de la réalité d’aujourd’hui, quand
il attribuait à celui qui allait devenir son second successeur, le sobriquet de
« ndiombor », ce lièvre de nos contes, jamais pris en défaut.
Impressionnante analyse du caractère de celui qui était, pourtant, alors, son farouche
opposant de droite, au libéralisme imposé, après avoir été son compagnon de
parti socialiste.
3. Boole gagnant
Pauvre Constitution, dont se
découvrent, aujourd’hui, des milliers de gardiens, prêts à tout pour son
respect, jusqu’au sacrifice suprême (sic). L’engagement est louable ; mais
le fait est que, dans ce déploiement d’un civisme brandi en étendard, les
soldats des différents camps ne s’accordent pas sur les règles du jeu, et même
sur ce qu’il faut défendre. Parce qu’il s’agit de mots et de subjectivité
portée par l’interprétation et l’intime conviction, caractéristiques de la
plasticité opérationnelle des sciences juridiques. Les débats de juristes sont
ainsi toujours des labyrinthes semés de pièges sans fin. Que n’invitent-ils pas
la mathématique dans leurs débats ! L’économie tout entière y gagnerait.
Car, le sujet de la controverse, qui a tant coûté à l’économie en temps
monnayable, ne serait, prosaïquement, qu’une banale histoire de compteur sur un
circuit qui se trouve être commandé par trois, au lieu de deux, impulsions par
son concepteur, un juriste-mathématicien, il ne faut pas l’oublier.
En effet, pour le nombre de mandats, des
initiés en logique boolienne auraient,
naturellement, identifié la présence d’une RAZ (remise à zéro) redondante, autorisant
le complément à 2 d’un 0+1, dont le complément à 2 est 1, là où l’opposition
compte 1+1, dont le complément à 2 est 0. De même pour ce fameux OU du portage
de candidat (parti ou coalition). Les booliens auraient pris la précaution de préciser
le type de la fonction : OU exclusif (possibilité unique), OU inclusif
(possibilités multiples).
On le voit, la méthode est simple,
rigoureuse, avec une efficacité attestée par tous ces systèmes électroniques
qui structurent la vie moderne. Son application aurait rendu impossible le
quiproquo responsable de tant de détresses humaines et de dommages économiques,
imputables à l’imprécision textuelle. Celles d’un texte à
dualité de compréhension permise par la plasticité des sciences juridiques
Moralité : En interdisciplinarité,
la mathématique apporterait aux sciences juridiques et à la politique la
la vertueuse précision des domaines de production matérielle. Pourquoi ne pas
essayer ?
4. Cinquième en clone
Or donc, comme parlerait le maître
Senghor, voilà un groupe d’honorables personnes qui, des semaines durant, ont
donné le tournis à la quasi-totalité de leurs compatriotes, dont une majorité
d’illettrés dans la langue officielle, qui se trouve être une langue étrangère.
Ils ont tourné et retourné dans tous les sens des articles d’une Constitution,
dont leur peuple ne connait, et ne comprend
pas grand chose, même s’il est réputé l’avoir adoptée par référendum (la belle
affaire !) ; alors que ladite « Charte Fondamentale » est
concoctée et rédigées dans une langue aux hermétismes notoires, accessibles seulement
à quelques pratiquants rompus à ses arcanes. Et puis, il ne s’agit que d’un
clone tropical de la Constitution gaullienne créant la cinquième, quasi-monarchique,
République française ; un texte taillé sur mesure pour un personnage qui
n’aurait pas récusé une couronne, et qui a été le génial avorteur de nos
volontés d’indépendance réelle, en 1958.
Que n’a-t-on fait, en Afrique, depuis
un demi-siècle, montre d’originalité en imaginant des institutions autres que
cet appauvrissant copier-coller de tous nos retards ?
La grande arnaque, ce n’est ainsi pas
celle, traditionnelle, que les politiciens se font entre eux ; mais bien celle
qu’ils font, de concert, à leur peuple.
La Constitution et les lois sont en langue
étrangère, et sont intégralement méconnues de 99,99999..% d’une population,
pourtant réputée les avoir adoptées, et censée ne pas les ignorer. Il est évident
que le vote d’une telle population ne peut être significatif d’opinion documentée
sur un quelconque programme. C’est ainsi qu’il n’existe pas d’opinion publique
capable de censure politique objective. Le choix du peuple va à ceux qu’il
connaît et qui prennent la peine de le connaître, ceux qui le fréquentent, et
pas seulement en opportunes « proximités » électorales ; qui prennent
part à ses évènements sociaux, heureux et malheureux. C’est ainsi que les
notoriétés extérieures, aussi brillantes et flatteuses qu’elles soient, ne
résistent pas aux vertus de la chaleureuse et humble sociabilité traditionnelle
du partage de repas dans un humble logis. Les références idéologiques
statutaires sont incompréhensibles par le plus grand nombre, lequel ne supporte
durablement que les hommes et les femmes qui montrent une aptitude à l’écoute
et à satisfaire ses besoins économiques et sociaux vitaux, et de sécurité, raison
d’être de l’Etat.
5. Démocratie bridée
Par ailleurs, la démocratie, tout
autant que l’alternance générationnelle, légitimement exigées de l’exercice du
pouvoir d’Etat, sont tout autant attendues, et d’abord, des partis politiques, mais,
également, des organisations dites de la société civile ; la différenciation
entre les deux types de structure souvent est ténue, aussi bien dans leur mode de fonctionnement, que dans les
méthodes d’action. Les deux renvoient l’image d’entreprises perso, sans démocratie
interne, le chef, inamovible, s’imposant invariablement en candidat
« naturel » à la fonction suprême. C’est ainsi que, pour ces
présidentielles sénégalaises, de légitimes et crédibles vocations à candidature
n’ont pas pu éclore au sein de certains grands partis, au regret d’une partie
de leurs électeurs.
Par ailleurs, dans les évènements
récents, la trop grande proximité avec des organisations politiques tendues,
par nature et fonction, vers la conquête du pouvoir, a paru réductrice des
capacités attendues de médiation objective de certaines organisations
emblématiques de la société civile. Elles en ont, incontestablement, perdu une
part sensible de leur force d’influence morale pour une partie de la population.
Le couper-coller, c’est aussi de
croire que le Sénégalais pourrait être le clone du Tunisien, de l’Egyptien ou
du Libyen, et que la place de l’indépendance ou de l’obélisque pourrait être
Tahrir Square. Différences de nature de régimes, mais aussi, et surtout, de
caractéristiques cultuelles et culturelles ; d’histoire et de
sociologie. Il est attesté par les
anales que la dévolution pacifique du pouvoir est inconnue dans la culture
moyen-orientale, de laquelle se réclame le septentrion africain. Le contexte des
successions califales du Prophète (paix et Salut sur Lui) en donnent des
exemples tragiquement édifiants, ainsi que l’actualité. Sur cet aspect aussi, la
balle est dans le camp des historiens et des sociologues pour une œuvre d’originalité
politique productive, intégrant des valeurs culturelles populaires, dont les
religieuses ne sont pas les moindres. Les résultats relatifs du scrutin sont
édifiants sur l’impact et l’approbation de l’action des uns et des autres par le
vrai peuple, qui n’a jamais été au rendez-vous des « places ». Son
vote en a sanctionné durement les animateurs, incontestablement courageux, mais
dont la méthodologie d’action paraît
avoir ignoré la sociologie locale.
6. Langues absentes
Pourquoi tout ça ? Bien
sûr, dans les camps concurrents d’un pays devenu celui du millier de
constitutionnalistes, des voix fortes diront que c’est pour « défendre La Constitution ». Et ces
doctes voix discordantes, persuadées, chacune, de détenir l’exclusivité de « la
vérité », ajouteront que c’est « pour le peuple », au nom duquel
chacun se présente en plénipotentiaire. Dangereuse prétention !
En réalité, toute cette chienlit (pour
reprendre le mot du général De Gaule) n’a été que la preuve de l’échec de ces
« grands leaders » politiques de toutes obédiences, qui ont, tous,
été au pouvoir, à tous les niveaux de la hiérarchie de décision sous le
magistère de Senghor, Diouf ou Wade. Pourtant, aucun d’eux n’a jamais pris la
bonne décision ; celle qui aurait consisté à installer la base permanente d’un
débat national constructif. Cette bonne décision, dont Cheikh Anta DIOP fut l’emblématique
incitateur solitaire, c’est l’éducation
nationale en langues nationales, qui constitue l‘unique instrument de productive
libération politique et économique, ainsi que de participation d’un peuple à la
construction de son destin. L’éducation nationale, pas seulement
l’alphabétisation, en langues nationales éradiquerait le mandarinat de ces
« connaisseurs de la langue des Blancs », qui exercent sur leur
peuple une réelle dictature de la pensée. Or, l’état de l’Afrique n’a pas
encore convaincu de l’opérationnalité du savoir de ces
« intellectuels » ni de l’utilité de leurs diplômes. Il n’est pas
d’exemple au monde d’une économie épanouie par une culture étrangère exclusive,
comme le sont les langues des colonisateurs en Afrique ; qui ne fera pas exception
à la règle.
Ce n’est que la capacité de chaque
citoyen à lire et à comprendre la Constitution et les lois et règlements en langue
maternelle, que la démocratie sera une réalité assumée par le peuple tout
entier.
7. Gémellité programmatique
En attendant, la vacuité du discours
des uns et des autres présidentiables en propositions faisables est très
inquiétante. La rhétorique est identique en généralités faciles sur papier
glacé, qui ne résistent pas à l’analyse : le plein emploi des jeunes (quid
des adultes, pères et mères de famille ?), la santé pour tous, les denrées
alimentaires aux prix plancher, l’école pour tous, l’agriculture en priorité
cardinale, etc. etc. C’est en vain que l’on cherche une originalité
fondamentale avec les promesses de l’an 2000 ; ainsi que des différences
avec ce que fait, ou dit programmer, le gouvernement actuel. C’est ainsi qu’on
est surpris d’entendre certains prétendre que les infrastructures ne sont pas
la priorité, ce qui révèle une inquiétante ignorance des facteurs du
développement économique et social. Ce sont les bonnes infrastructures qui
améliorent l’accessibilité à l’alimentation, à l’éducation et à la santé. Cela,
un homme politique honnête doit en faire la pédagogie au peuple.
Par ailleurs, l’on n’a pas entendu les
généreux prometteurs expliquer comment ils allaient réaliser leurs mirifiques
engagements, en quels objectifs, quantifiés et rapportés à quelles factualités,
et avec quelles ressources. Des chiffres étaient attendus permettant d’asseoir la
conviction de l’électeur par la plausibilité !
Il était attendu de candidats à ce
niveau suprême de responsabilité nationale d’expliquer :
a)
comment établir l’adéquation
formation-emplois, solution radicale au chômage ;
b)
comment orienter l’investissement, qui,
aujourd’hui, dépendant d’une aide étrangère aux fluctuantes improbabilités, et
qui se visualise en sinusoïde amortie depuis des décennies.
Il est dommage que la tournure des
évènements aient frustré le « peuple » des sources de réponses à ces
deux questions, qu’auraient constituées des face-à-face radiotélévisés de binômes
mémorables, tels que Tanor-Niasse, Wade-Sall, Gadio-Fall, entre autres. Toutefois,
sans préjuger des résultats définitifs du premier tour, l’on ne désespère pas
d’un débat entre les protagonistes de l’éventuel second tour.
Il y a des promesses qui le sont bien
en l’air, dans le contexte d’une mondialisation
inappropriée à l’Afrique, incompatible avec son ambition légitime de
développement et suicidaire de ses économies balbutiantes. Car, il est évident
qu’une économie non planifiée, sans monnaie ni système bancaire propres, avec
des banques étrangères rétives aux financements significatifs de
l’entreprenariat endogène, et donc à toute possibilité crédible de génération de
valeur ajoutée manufacturière, ne peut réaliser de développement significatif.
Les vraies, et courageuses, réformes n’ont été annoncées par aucun candidat.
8. Vérités aux jeunes
Dès lors, et dans un tel contexte
national et mondial, les aspirants au fauteuil présidentiel devraient expliquer
comment un seul petit pays d’Afrique serait capable d’accéder à l’émergence économique, comme ils/elles le
prétendent, sans envisager l’intégration africaine et le marché commun continental,
seul contexte capable de permettre à l’Afrique, par la mutualisation de ses
ressources et capacités, d’atteindre, face aux autres grandes économies du
monde, la parité de pouvoir de négociation que qualifie l’émergence. Or, les
candidats sont étonnement muets sur cette question de l’intégration physique
continentale, d’un éminent intérêt pour cette jeunesse, les parents et grands-parents
ayant, jusqu’ici, échoué.
Sur ce point, les panafricanistes ne
cesseront pas de sitôt de regretter la dislocation du brillant binôme Wade-Gadio,
qui avait fortement porté le projet fédéral africain, et installé l’espoir d’un
processus d’émergence d’un gouvernement africain.
Pourtant, les politiciens avertis savent
qu’il est illusoire de croire qu’un seul Etat d’Afrique pourrait sortir du mal
développement, mais ils se gardent bien de dire la vérité à ces millions de
jeunes aux déferlements parfois destructeurs, nourris d’inquiétudes par un
contexte local qui ne leur offre pas de perspectives d’avenir salarial, comme
cet jeune Nord-Africain qui me disait être « né à la retraite ».
Désespérante réalité d’un adulte de 35 ans, prenant conscience de
l’impossibilité structurelle de l’économie de son pays, pourtant riche
d’hydrocarbures, à lui assurer un avenir de confort salarial. Ses semblables se
comptent par centaines de millions en Afrique ; qui se nourrissent de
l’illusoire conviction à trouver dans le rap et les dramatiques traversées de
mers une issue à leur détresse.
Les jeunes doivent savoir et
comprendre que :
·
pour se donner les meilleures chances de servir
leur pays et l’Afrique, il n’y a d’autres moyens que l’éducation et la
formation qualifiantes à la vie sociale et à la production;
·
chaque destruction de bus ou de bien collectif
est un facteur de leur appauvrissement personnel et celui de leur famille, par
réduction du patrimoine national ; et que, le rétablissement de la qualité
de service, au profit des usagers, dont les plus concernés sont les jeunes,
impose le remplacement de ce bien social au moyen d’un impôt
supplémentaire ;
·
chaque destruction de propriété privée est un
tort irréparable réduisant à néant, parfois, le fruit du labeur de toute une
vie ; l’auteur en porte une responsabilité matérielle et morale inextinguible ;
·
ce sont eux, au seuil de la vie active ou
aspirant à y entrer, qui seraient les premières victimes des effets désastreux
des destructions et du désordre d’aujourd’hui.
9. Originalité introuvable
A ces jeunes désespérés, qui
s’accrochent aux chimères et deviennent les victimes innocentes des échéances électorales,
les politiciens ne disent pas ces vérités, tout comme ils ne leur révèlent pas que
le chômage est consubstantiel au capitalisme, dont les chômeurs constituent l’armée de réserve, pour paraphraser Karl
Marx. Or, la vérité, c’est que, nonobstant les étiquettes idéologiques proclamées
et les professions de foi des partis politiques, le capitalisme, derrière des
euphémismes, comme le libéralisme ou le néosocialisme africain, est bien la
doctrine économique du Sénégal, mais aussi de l’Afrique, en général. Certes, y
sont pour quelque chose les exigences feutrée des IFI (Institutions
Financières Internationales) qui, au demeurant, ne sont que des banques au
service de leurs actionnaires majoritaires, mais le facteur dominant, c’est l’absence
de cette volonté proactive d’originalité qui explique le poids relatif
croissant des économies asiatiques ; ainsi que l’absence d’initiatives et
de contre-propositions de la part des gouvernements africains, incroyablement passifs
face au initiatives du système multilatéral, en général.
Les économies asiatiques, auxquelles
les Africains se réfèrent souvent, avec admiration, tirent leur productivité d’une
intelligente proactivité, faite d’une association judicieuse de leurs valeurs
culturelles et cultuelles et de la modernité dans leurs politiques de
développement ; ils montrent une voie à succès. C’est ainsi que la
démonstration est impossible de la pertinence d’une hypothèse de décollage de
l’Afrique, tant que cette dernière n’aura pas fait, elle aussi, preuve
d’originalité doctrinale en matière économique. Cette originalité est attendue,
légitimement, de nos éminents économistes, sociologues et autres philosophes, en
rupture de ces couper-coller qui n’ont généré, depuis un demi-siècle, que des
coûts cumulatifs de non qualité et de non progrès. Les diplômes doivent faire la
preuve de leur utilité opérationnelle en contexte, et les hommes
politiques ne montrent pas de volonté de procéder à la révolution adaptative
indispensable d’un système d’enseignement et de formation sclérosé.
10. Refondatrices attentes
Dans un pays qui se targue d’être
habité par la foi religieuse, si les croyants l’étaient vraiment, ceux qui
aspirent à le diriger s’appliqueraient à dire toutes ces vérités, pour éviter à
leur peuple de rêver les yeux ouverts,
sur la foi de promesses grosses des
désillusions futures (puisque les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent,
comme dit l’autre) et qui ne seraient que le piège sans fin vers un sopi prochain.
Il est attendu des tous les acteurs de
la vie politique, partis autant que société civile :
a)
des exemples d’alternance et de démocratie
internes, pour accroître leur crédibilité morale de défenseurs des intérêts de
leurs concitoyens ;
b)
la formation civique de leurs militants, et en
particulier des jeunes, lesquels ont vocation à faire décoller l’Afrique par la
réflexion sereine et l’action constructive, de laquelle se construisent, par
accumulation historiques, les patrimoines qui constituent, eux-mêmes, les enviables
économies du haut du tableau ;
c)
d’expliquer que la satisfaction de la demande
sociale n’est pas, seulement, l’affaire du président ; mais l’effet cumulatif
des efforts productifs quotidiens de chaque citoyen et de tous, et qu’il faut,
effectivement, « travailler, toujours travailler, encore travailler »
et accepter de supporter des sacrifices pour le bien commun.
Alors, Messieurs et Mesdames les politiques, merci d’avoir, finalement,
accompli votre devoir civique, en évitant à votre peuple des peines inutiles. Votre
attitude a été même un acte de charité. Dans le processus terminal de cette
longue veillée électorale, dans laquelle vous avez tenu en haleine tout le
peuple croyant, poursuivez à garder cette attitude qui vous honore et honore le
Sénégal tout entier, qui vient, encore une fois, de démontrer qu’il sait garder
raison, même dans la tempête, et que ses citoyens savent utiliser à bon escient
le seul outil d’expression de leur pouvoir démocratique : le bulletin de
vote.
Assane
Youssoufi DIALLO
Ingénieur –
Consultant international
Adyusufi812@gmail.com
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