vendredi 2 mars 2012

PRESIDENTIELLES-SENEGAL-2012 : FURIES ET RAISON


1.     Ressorts de paix

On ne sait par quel philtre diffus les politicien(ne)s arrivent à entraîner leurs compatriotes dans leurs fugaces certitudes, au point de leur faire perdre raison, et jusqu’aux tragédies qui ont endeuillé nombre de familles au cours de la campagne présidentielle qui s’achève. Pour ces dommages irréparables, causés à la nation tout entière, avec ses effets sociaux et économiques réducteurs, le bilan personnel desdits politiciens est, d’ores et déjà largement négatif, pour le lourd passif humain, dont des espoirs défunts dans les familles de ces jeunes fauchés dans la fleur de l’âge. Mais, fort heureusement, le peuple, lui, est sorti vainqueur de cette folie meurtrière, armé, comme toujours, du bon sens et des valeurs cardinales qui le caractérisent.
Ainsi donc est passé l’ouragan annoncé, qui avait fait affluer sur le Sénégal toute la presse étrangère avide de catastrophes annoncées à longueur de fréquences et de colonnes. Les titres sensationnels qui allaient faire monter les ventes sur le sang et les larmes des sénégalais sont morts dans l’œuf. La déception est, sans nul doute, grande dans certaines rédactions en attente fébrile de confirmation de leurs tendancieuses analyses et leurs sombres présages, aguichés en cela, il est vrai, par d’impressionnants écrans de télévisions privées locales flamboyant en boucle d’incendies de pneus et d’autodafé de tréteaux branlants d’innocents laborieux petits commerçants. Dieu merci, la raison a prévalu. Le peuple croyant n’a pas douté en sa capacité à refuser l’embrasement ; et l’a prouvé au monde. Les oiseaux de mauvais augure en ont eu pour leurs frais.
Même si le processus n’en est, apparemment, qu’à mi-parcours de la décision finale, tous ceux qui aiment ce grand petit pays ouest-africain se félicitent du climat de sérénité de ce 26 février 2012 qui restera dans les annales comme le jour d’une démocratie sénégalaise triomphante. Le chef de l’Etat sortant avait bien raison de répliquer aux injonctions étrangères que le Sénégal n’avait de leçon à recevoir de personne.
Ceux qui ont été prompts à comparer le Sénégal à d’autres Etats de la région, où la moindre étincelle devient un inextinguible incendie, montrent leur ignorance de ce pays par d’aussi absurdes rapprochements. Ici, la religion irrigue tout le corps social, avec le rappel constant et quotidien, par des voix révérées, des principes fondateurs de la paix civile : modération, tolérance et solidarité ; la famille y est une institution sociale fondamentale, avec ses ramifications parentales porteuses de fortes capacités de censure sociale ;  l’alcool et les stupéfiants n’y sont pas d’usage courant ; le racisme, le tribalisme et le sectarisme ethnique et religieux y sont inconnus ; le brassage interethnique a dissous définitivement les caractères ethniques et les castes ; les facteurs et occasions de sociabilité y sont nombreux et fréquents. Ces caractéristiques sont celles d’une nation, et expliquent l’aversion du peuple sénégalais pour les comportements extrémistes et les idéologies athéistes, dont les organisations n’ont jamais réussi à être de masse. Or, c’est l’absence, dans certains pays d’Afrique et d’ailleurs, de ces caractéristiques cardinales qui est à l’origine d’évènements générateurs de catastrophes humaines.
C’est pour tout cela que, dans ce Sénégal qui, très tôt, sous la colonisation française, a donné à l’Afrique tant de « premiers » (ministre, député, officier, médecin, avocat, agrégé, etc..), il est malaisé de comprendre comment certains des héritiers présumés de cette plus ancienne démocratie africaine, et qui se réclament des bénédiction des doctes précurseurs et guides de l’islam en Afrique, en sont arrivés à perdre raison au point de souiller de sang et d’arroser de larmes leur ambition de pouvoir, qui, à ce prix, ne peut convaincre de l’utilité du sacrifice pour l’intérêt réel de leur nation. Même pour des principes.
L’issue transitoire de ce scrutin présidentiel de l’an 2012 a bien montré que, plus que tout autre chose, le peuple a, d’abord, sanctionné les comportements ; négativement, l’intellectualisme, l’arrogance, l’intolérance et l’extrémisme ; et positivement la modestie, la modération, la sociabilité. Les bons conseils des éminents sociologues que compte le pays auraient pu éviter toutes les illusions génitrices de déceptions, vécues ces dernières semaines par des hommes et des femmes, dont on ne peut douter de la sincérité et de la bonne foi ni de l’amour pour leur peuple. Il y a seulement qu’ils ne semblaient pas connaître les ressorts intimes de ce peuple, au nom duquel ils se plaisaient à se réclamer, certainement de bonne, mais immodérément et illégitimement.

2.     Mémoire de l’escalier

Il est aussi surprenant que les divergences sur le renouvellement du mandat présidentiel se révèlent si tardivement et avec autant de furie ; surtout de la part de personnalités éminentes, qui ont servi sous cette Constitution, avec enthousiasme souvent, tant que durait leur compagnonnage avec le chef de l’Etat libéral. Le melting-pot idéologique d’inattendues connivences, auquel ils avaient participé, laissait, pourtant dubitatifs nombre d’observateurs ; car, la différence de potentiel d’énergie entre communistes-trotskistes et capitalistes-libéraux était lourde de risques d’arc destructeur de la paix civile qu’aucun fusible n’aurait pu protéger. Mais, il est vrai que c’était le temps d’une forte perspective de carrières, anesthésiante de toutes ces remarquables capacités d’analyse doctement déployées à présent sur les nuances les plus ténues des dispositifs constitutionnels, alors adoptés avec unanimité mais aujourd’hui décriée ; par les mêmes acteurs éminents .
Le débat qui s’apparentait à un spectacle tragique de comédiens alertes n’est pas sans donner à réfléchir sur la perspicacité de la plupart de ceux qui affichent une ambition forte de diriger le Sénégal. La mémoire de l’escalier, dont ils font montre aujourd’hui, fait douter de l’intensité de cette réactivité attendue d’un dirigeant, et qui traduit son aptitude à relever en temps réel les impertinences dommageables pour l’intérêt de ses administrés ainsi que les contre-intérêts stratégiques d’une nation. Une constante de temps de cinq années, c’est long pour réagir.
Mais, dans cette affaire de « je reste- tu pars », il s’agirait bien d’une histoire de « malin et malin et demi » ; une confrontation dans laquelle le second, en l’occurrence « je reste », semble avoir été plus perspicace. Sa redoutable et incontestable capacité d’anticipation et d’aiguillage de ses concurrents, par le verbe, sur des chemins creux et des culs-de-sac, mettent à rude épreuve les engament les plus fondamentaux de ses challengers. Car,  finalement, (1) le scrutin a bien eu lieu à date échue, et (2) avec sa participation, réduisant à leur nature réelle les serments et les protocoles d’union stratégiques historiques et « indéfectibles », qui n’ont pas résisté à l’incoercible pression d’irréductibles  antagonismes d’égos singuliers. L’implosion du Benno Siggil Sénégal (BSS) était courue d’avance pour tous les initiés de l’histoire politique du pays.
L’on peut imaginer le sourire malicieux du président Senghor, dont l’incomparable perspicacité avait, pourtant, il y a déjà une trentaine d’années, averti de la réalité d’aujourd’hui, quand il attribuait à celui qui allait devenir son second successeur, le sobriquet de « ndiombor », ce lièvre de nos contes, jamais pris en défaut. Impressionnante analyse du caractère de celui qui était, pourtant, alors, son farouche opposant de droite, au libéralisme imposé, après avoir été son compagnon de parti socialiste.

3.     Boole gagnant

Pauvre Constitution, dont se découvrent, aujourd’hui, des milliers de gardiens, prêts à tout pour son respect, jusqu’au sacrifice suprême (sic). L’engagement est louable ; mais le fait est que, dans ce déploiement d’un civisme brandi en étendard, les soldats des différents camps ne s’accordent pas sur les règles du jeu, et même sur ce qu’il faut défendre. Parce qu’il s’agit de mots et de subjectivité portée par l’interprétation et l’intime conviction, caractéristiques de la plasticité opérationnelle des sciences juridiques. Les débats de juristes sont ainsi toujours des labyrinthes semés de pièges sans fin. Que n’invitent-ils pas la mathématique dans leurs débats ! L’économie tout entière y gagnerait. Car, le sujet de la controverse, qui a tant coûté à l’économie en temps monnayable, ne serait, prosaïquement, qu’une banale histoire de compteur sur un circuit qui se trouve être commandé par trois, au lieu de deux, impulsions par son concepteur, un juriste-mathématicien, il ne faut pas l’oublier.
En effet, pour le nombre de mandats, des  initiés en logique boolienne auraient, naturellement, identifié la présence d’une RAZ (remise à zéro) redondante, autorisant le complément à 2 d’un 0+1, dont le complément à 2 est 1, là où l’opposition compte 1+1, dont le complément à 2 est 0. De même pour ce fameux OU du portage de candidat (parti ou coalition). Les booliens auraient pris la précaution de préciser le type de la fonction : OU exclusif (possibilité unique), OU inclusif (possibilités multiples).
On le voit, la méthode est simple, rigoureuse, avec une efficacité attestée par tous ces systèmes électroniques qui structurent la vie moderne. Son application aurait rendu impossible le quiproquo responsable de tant de détresses humaines et de dommages économiques, imputables à l’imprécision textuelle. Celles d’un texte à dualité de compréhension permise par la plasticité des sciences juridiques
Moralité : En interdisciplinarité, la  mathématique apporterait aux sciences juridiques et à la politique la la vertueuse précision des domaines de production matérielle. Pourquoi ne pas essayer ?

4.     Cinquième en clone

Or donc, comme parlerait le maître Senghor, voilà un groupe d’honorables personnes qui, des semaines durant, ont donné le tournis à la quasi-totalité de leurs compatriotes, dont une majorité d’illettrés dans la langue officielle, qui se trouve être une langue étrangère. Ils ont tourné et retourné dans tous les sens des articles d’une Constitution, dont leur peuple ne connait, et ne comprend pas grand chose, même s’il est réputé l’avoir adoptée par référendum (la belle affaire !) ; alors que ladite « Charte Fondamentale » est concoctée et rédigées dans une langue aux hermétismes notoires, accessibles seulement à quelques pratiquants rompus à ses arcanes. Et puis, il ne s’agit que d’un clone tropical de la Constitution gaullienne créant la cinquième, quasi-monarchique, République française ; un texte taillé sur mesure pour un personnage qui n’aurait pas récusé une couronne, et qui a été le génial avorteur de nos volontés d’indépendance réelle, en 1958.
Que n’a-t-on fait, en Afrique, depuis un demi-siècle, montre d’originalité en imaginant des institutions autres que cet appauvrissant copier-coller de tous nos retards ?
La grande arnaque, ce n’est ainsi pas celle, traditionnelle, que les politiciens se font entre eux ; mais bien celle qu’ils font, de concert, à leur peuple.
La Constitution et les lois sont en langue étrangère, et sont intégralement méconnues de 99,99999..% d’une population, pourtant réputée les avoir adoptées, et censée ne pas les ignorer. Il est évident que le vote d’une telle population ne peut être significatif d’opinion documentée sur un quelconque programme. C’est ainsi qu’il n’existe pas d’opinion publique capable de censure politique objective. Le choix du peuple va à ceux qu’il connaît et qui prennent la peine de le connaître, ceux qui le fréquentent, et pas seulement en opportunes « proximités » électorales ; qui prennent part à ses évènements sociaux, heureux et malheureux. C’est ainsi que les notoriétés extérieures, aussi brillantes et flatteuses qu’elles soient, ne résistent pas aux vertus de la chaleureuse et humble sociabilité traditionnelle du partage de repas dans un humble logis. Les références idéologiques statutaires sont incompréhensibles par le plus grand nombre, lequel ne supporte durablement que les hommes et les femmes qui montrent une aptitude à l’écoute et à satisfaire ses besoins économiques et sociaux vitaux, et de sécurité, raison d’être de l’Etat.

5.     Démocratie bridée

Par ailleurs, la démocratie, tout autant que l’alternance générationnelle, légitimement exigées de l’exercice du pouvoir d’Etat, sont tout autant attendues, et d’abord, des partis politiques, mais, également, des organisations dites de la société civile ; la différenciation entre les deux types de structure souvent est ténue, aussi bien dans  leur mode de fonctionnement, que dans les méthodes d’action. Les deux renvoient l’image d’entreprises perso, sans démocratie interne, le chef, inamovible, s’imposant invariablement en candidat « naturel » à la fonction suprême. C’est ainsi que, pour ces présidentielles sénégalaises, de légitimes et crédibles vocations à candidature n’ont pas pu éclore au sein de certains grands partis, au regret d’une partie de leurs électeurs.
Par ailleurs, dans les évènements récents, la trop grande proximité avec des organisations politiques tendues, par nature et fonction, vers la conquête du pouvoir, a paru réductrice des capacités attendues de médiation objective de certaines organisations emblématiques de la société civile. Elles en ont, incontestablement, perdu une part sensible de leur force d’influence morale pour une partie de la population.
Le couper-coller, c’est aussi de croire que le Sénégalais pourrait être le clone du Tunisien, de l’Egyptien ou du Libyen, et que la place de l’indépendance ou de l’obélisque pourrait être Tahrir Square. Différences de nature de régimes, mais aussi, et surtout, de caractéristiques cultuelles et culturelles ; d’histoire et de sociologie.  Il est attesté par les anales que la dévolution pacifique du pouvoir est inconnue dans la culture moyen-orientale, de laquelle se réclame le septentrion africain. Le contexte des successions califales du Prophète (paix et Salut sur Lui) en donnent des exemples tragiquement édifiants, ainsi que l’actualité. Sur cet aspect aussi, la balle est dans le camp des historiens et des sociologues pour une œuvre d’originalité politique productive, intégrant des valeurs culturelles populaires, dont les religieuses ne sont pas les moindres. Les résultats relatifs du scrutin sont édifiants sur l’impact et l’approbation de l’action des uns et des autres par le vrai peuple, qui n’a jamais été au rendez-vous des « places ». Son vote en a sanctionné durement les animateurs, incontestablement courageux, mais dont la méthodologie  d’action paraît avoir ignoré la sociologie locale.

6.     Langues absentes

 Pourquoi tout ça ?  Bien sûr, dans les camps concurrents d’un pays devenu celui du millier de constitutionnalistes, des voix fortes diront que c’est pour « défendre La Constitution ». Et ces doctes voix discordantes, persuadées, chacune, de détenir l’exclusivité de « la vérité », ajouteront que c’est « pour le peuple », au nom duquel chacun se présente en plénipotentiaire. Dangereuse prétention !
En réalité, toute cette chienlit (pour reprendre le mot du général De Gaule) n’a été que la preuve de l’échec de ces « grands leaders » politiques de toutes obédiences, qui ont, tous, été au pouvoir, à tous les niveaux de la hiérarchie de décision sous le magistère de Senghor, Diouf ou Wade. Pourtant, aucun d’eux n’a jamais pris la bonne décision ; celle qui aurait consisté à installer la base permanente d’un débat national constructif. Cette bonne décision, dont Cheikh Anta DIOP fut l’emblématique incitateur solitaire, c’est l’éducation nationale en langues nationales, qui constitue l‘unique instrument de productive libération politique et économique, ainsi que de participation d’un peuple à la construction de son destin. L’éducation nationale, pas seulement l’alphabétisation, en langues nationales éradiquerait le mandarinat de ces « connaisseurs de la langue des Blancs », qui exercent sur leur peuple une réelle dictature de la pensée. Or, l’état de l’Afrique n’a pas encore convaincu de l’opérationnalité du savoir de ces « intellectuels » ni de l’utilité de leurs diplômes. Il n’est pas d’exemple au monde d’une économie épanouie par une culture étrangère exclusive, comme le sont les langues des colonisateurs en Afrique ; qui ne fera pas exception à la règle.
Ce n’est que la capacité de chaque citoyen à lire et à comprendre la Constitution et les lois et règlements en langue maternelle, que la démocratie sera une réalité assumée par le peuple tout entier.

7.     Gémellité programmatique

En attendant, la vacuité du discours des uns et des autres présidentiables en propositions faisables est très inquiétante. La rhétorique est identique en généralités faciles sur papier glacé, qui ne résistent pas à l’analyse : le plein emploi des jeunes (quid des adultes, pères et mères de famille ?), la santé pour tous, les denrées alimentaires aux prix plancher, l’école pour tous, l’agriculture en priorité cardinale, etc. etc. C’est en vain que l’on cherche une originalité fondamentale avec les promesses de l’an 2000 ; ainsi que des différences avec ce que fait, ou dit programmer, le gouvernement actuel. C’est ainsi qu’on est surpris d’entendre certains prétendre que les infrastructures ne sont pas la priorité, ce qui révèle une inquiétante ignorance des facteurs du développement économique et social. Ce sont les bonnes infrastructures qui améliorent l’accessibilité à l’alimentation, à l’éducation et à la santé. Cela, un homme politique honnête doit en faire la pédagogie au peuple.
Par ailleurs, l’on n’a pas entendu les généreux prometteurs expliquer comment ils allaient réaliser leurs mirifiques engagements, en quels objectifs, quantifiés et rapportés à quelles factualités, et avec quelles ressources. Des chiffres étaient attendus permettant d’asseoir la conviction de l’électeur par la plausibilité !
Il était attendu de candidats à ce niveau suprême de responsabilité nationale d’expliquer :
a)      comment établir l’adéquation formation-emplois, solution radicale au chômage ;
b)      comment orienter l’investissement, qui, aujourd’hui, dépendant d’une aide étrangère aux fluctuantes improbabilités, et qui se visualise en sinusoïde amortie depuis des décennies.
Il est dommage que la tournure des évènements aient frustré le « peuple » des sources de réponses à ces deux questions, qu’auraient constituées des face-à-face radiotélévisés de binômes mémorables, tels que Tanor-Niasse, Wade-Sall, Gadio-Fall, entre autres. Toutefois, sans préjuger des résultats définitifs du premier tour, l’on ne désespère pas d’un débat entre les protagonistes de l’éventuel second tour.
Il y a des promesses qui le sont bien en l’air, dans le contexte d’une mondialisation inappropriée à l’Afrique, incompatible avec son ambition légitime de développement et suicidaire de ses économies balbutiantes. Car, il est évident qu’une économie non planifiée, sans monnaie ni système bancaire propres, avec des banques étrangères rétives aux financements significatifs de l’entreprenariat endogène, et donc à toute possibilité crédible de génération de valeur ajoutée manufacturière, ne peut réaliser de développement significatif.  Les vraies, et courageuses, réformes n’ont été annoncées par aucun candidat.

8.     Vérités aux jeunes

Dès lors, et dans un tel contexte national et mondial, les aspirants au fauteuil présidentiel devraient expliquer comment un seul petit pays d’Afrique serait capable d’accéder à l’émergence économique, comme ils/elles le prétendent, sans envisager l’intégration africaine et le marché commun continental, seul contexte capable de permettre à l’Afrique, par la mutualisation de ses ressources et capacités, d’atteindre, face aux autres grandes économies du monde, la parité de pouvoir de négociation que qualifie l’émergence. Or, les candidats sont étonnement muets sur cette question de l’intégration physique continentale, d’un éminent intérêt pour cette jeunesse, les parents et grands-parents ayant, jusqu’ici, échoué.
Sur ce point, les panafricanistes ne cesseront pas de sitôt de regretter la dislocation du brillant binôme Wade-Gadio, qui avait fortement porté le projet fédéral africain, et installé l’espoir d’un processus d’émergence d’un gouvernement africain.
Pourtant, les politiciens avertis savent qu’il est illusoire de croire qu’un seul Etat d’Afrique pourrait sortir du mal développement, mais ils se gardent bien de dire la vérité à ces millions de jeunes aux déferlements parfois destructeurs, nourris d’inquiétudes par un contexte local qui ne leur offre pas de perspectives d’avenir salarial, comme cet jeune Nord-Africain qui me disait être « né à la retraite ». Désespérante réalité d’un adulte de 35 ans, prenant conscience de l’impossibilité structurelle de l’économie de son pays, pourtant riche d’hydrocarbures, à lui assurer un avenir de confort salarial. Ses semblables se comptent par centaines de millions en Afrique ; qui se nourrissent de l’illusoire conviction à trouver dans le rap et les dramatiques traversées de mers une issue à leur détresse.
Les jeunes doivent savoir et comprendre que :
·         pour se donner les meilleures chances de servir leur pays et l’Afrique, il n’y a d’autres moyens que l’éducation et la formation qualifiantes à la vie sociale et à la production;
·         chaque destruction de bus ou de bien collectif est un facteur de leur appauvrissement personnel et celui de leur famille, par réduction du patrimoine national ; et que, le rétablissement de la qualité de service, au profit des usagers, dont les plus concernés sont les jeunes, impose le remplacement de ce bien social au moyen d’un impôt supplémentaire ;
·         chaque destruction de propriété privée est un tort irréparable réduisant à néant, parfois, le fruit du labeur de toute une vie ; l’auteur en porte une responsabilité matérielle et morale inextinguible ;
·         ce sont eux, au seuil de la vie active ou aspirant à y entrer, qui seraient les premières victimes des effets désastreux des destructions et du désordre d’aujourd’hui.

9.     Originalité introuvable

A ces jeunes désespérés, qui s’accrochent aux chimères et deviennent les victimes innocentes des échéances électorales, les politiciens ne disent pas ces vérités, tout comme ils ne leur révèlent pas que le chômage est consubstantiel au capitalisme, dont les chômeurs constituent l’armée de réserve, pour paraphraser Karl Marx. Or, la vérité, c’est que, nonobstant les étiquettes idéologiques proclamées et les professions de foi des partis politiques, le capitalisme, derrière des euphémismes, comme le libéralisme ou le néosocialisme africain, est bien la doctrine économique du Sénégal, mais aussi de l’Afrique, en général. Certes, y sont pour quelque chose les exigences feutrée des IFI (Institutions Financières Internationales) qui, au demeurant, ne sont que des banques au service de leurs actionnaires majoritaires, mais le facteur dominant, c’est l’absence de cette volonté proactive d’originalité qui explique le poids relatif croissant des économies asiatiques ; ainsi que l’absence d’initiatives et de contre-propositions de la part des gouvernements africains, incroyablement passifs face au initiatives du système multilatéral, en général.
Les économies asiatiques, auxquelles les Africains se réfèrent souvent, avec admiration, tirent leur productivité d’une intelligente proactivité, faite d’une association judicieuse de leurs valeurs culturelles et cultuelles et de la modernité dans leurs politiques de développement ; ils montrent une voie à succès. C’est ainsi que la démonstration est impossible de la pertinence d’une hypothèse de décollage de l’Afrique, tant que cette dernière n’aura pas fait, elle aussi, preuve d’originalité doctrinale en matière économique. Cette originalité est attendue, légitimement, de nos éminents économistes, sociologues et autres philosophes, en rupture de ces couper-coller qui n’ont généré, depuis un demi-siècle, que des coûts cumulatifs de non qualité et de non progrès. Les diplômes doivent faire la preuve de leur utilité opérationnelle en contexte, et les hommes politiques ne montrent pas de volonté de procéder à la révolution adaptative indispensable d’un système d’enseignement et de formation sclérosé.

10.            Refondatrices attentes

Dans un pays qui se targue d’être habité par la foi religieuse, si les croyants l’étaient vraiment, ceux qui aspirent à le diriger s’appliqueraient à dire toutes ces vérités, pour éviter à leur peuple de rêver les yeux ouverts, sur la foi de promesses  grosses des désillusions futures (puisque les promesses  n’engagent que ceux qui les écoutent, comme dit l’autre) et qui ne seraient que le piège sans fin vers un sopi prochain.
Il est attendu des tous les acteurs de la vie politique, partis autant que société civile :
a)      des exemples d’alternance et de démocratie internes, pour accroître leur crédibilité morale de défenseurs des intérêts de leurs concitoyens ;
b)      la formation civique de leurs militants, et en particulier des jeunes, lesquels ont vocation à faire décoller l’Afrique par la réflexion sereine et l’action constructive, de laquelle se construisent, par accumulation historiques, les patrimoines qui constituent, eux-mêmes, les enviables économies du haut du tableau ;
c)       d’expliquer que la satisfaction de la demande sociale n’est pas, seulement, l’affaire du président ; mais l’effet cumulatif des efforts productifs quotidiens de chaque citoyen et de tous, et qu’il faut, effectivement, « travailler, toujours travailler, encore travailler » et accepter de supporter des sacrifices pour le bien commun.
Alors, Messieurs et Mesdames  les politiques, merci d’avoir, finalement, accompli votre devoir civique, en évitant à votre peuple des peines inutiles. Votre attitude a été même un acte de charité. Dans le processus terminal de cette longue veillée électorale, dans laquelle vous avez tenu en haleine tout le peuple croyant, poursuivez à garder cette attitude qui vous honore et honore le Sénégal tout entier, qui vient, encore une fois, de démontrer qu’il sait garder raison, même dans la tempête, et que ses citoyens savent utiliser à bon escient le seul outil d’expression de leur pouvoir démocratique : le bulletin de vote.
Assane Youssoufi DIALLO
Ingénieur – Consultant international
Adyusufi812@gmail.com

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