mercredi 4 avril 2012

LE MALI, TOUT LE MONDE S'EN FOUT ?


Assane Y. DIALLO

Dommageable anachronisme

   En d’autres temps, le pronunciamiento des troufions de Kati aurait été accueilli avec soulagement, comme celui du 17 février 2010 au Niger, mettant alors un terme (attendu) à la dérive dictatoriale du président  Tandja. Ici, il s’agirait du laxisme de Touré, qui, depuis des années, a laissé le territoire de son pays devenir le sanctuaire des criminels d’AQMI ; au point où, c’est son homologue de Mauritanie, Ould Abdel Aziz, ci-devant général converti en président civil, comme lui, qui venait faire le coup de feu jusqu’à l’intérieur du Mali pour y détruire les nids des terroristes.

Dommageable laxisme

   L'élégant ATT aux magnifiques bazins amidonnés a, certainement, été le seul à n’avoir pas vu les risques potentiels de l’entrée d’une horde armée sur un territoire, dont il a fait le serment d’assurer la sécurité et l’intégrité physique. Il n’était, pourtant, pas besoin d’être général pour évaluer un tel risque.
   Tout le monde a été ahuri de constater que l’armée du Mali n’en était une que de nom, n’ayant, apparemment, pour qualité remarquable que la maitrise de l’art des « retraits stratégiques », éparpillant pitoyablement ses troupes dans les Etats voisins du Niger et de la Mauritanie.
   Comme si ce comportement peu honorable de l’armée nationale ne suffisait pas, voilà qu’un de ses capitaines vient accroitre la vacuité d’autorité, par une lamentable et anachronique initiative de coup d’Etat, dont l’inopportunité, à quelques semaines de l’élection d’un nouveau président de la République, n’atteste ni de l’intelligence, ni du patriotisme et ni du civisme de ses auteurs. N’est pas Sankara n’importe quel capitaine !
   Ainsi donc, l’un et l’autre de ces militaires, aussi bien le général que le petit capitaine, se sont comportés comme les meilleurs alliés objectifs des destructeurs de leur partie, dont la population ne sait plus à quel saint se vouer.

Mépris néocolonial

   Mais, ils ne sont pas seuls. Il y a aussi l’OTAN, cette formidable Machine de Destruction Massive, qui s’est trouvé, en la faible Libye du tonitruant et gênant colonel, une guerre de proximité, facile, d’entretien d’activité de ses effectifs et de ses matériels volants, ainsi que de promesses de juteux contrats de reconstruction. En jetant ses missiles sur la fourmilière libyenne, cette organisation aux multiples capacités d’analyse stratégique et d’anticipation, l’on ne peut pas penser qu’elle ne savait pas que son action induirait les effets destructeurs et durables dans toute la zone saharo-sahélienne d'un héritage colonial coupable de frontières improbables et aux continuités humaines transfrontalières, irréductibles aux citoyennetés courantes.
   Les maliens et l’Afrique sont endroit d’attendre une intervention réparatrice  de ces puissances de l’OTAN, dont l’interventionnisme empressé a traité par le mépris l’Union Africaine et sa sage volonté de médiation, économe de vies humaines et de destruction d’Etats.

Palabres, palabres

   De son côté, une fois n’est pas coutume, la CEDEAO montre ses muscles pour mettre un terme à la farce tragique du petit capitaine de Kati, à défaut de courage pour se battre au front, a jeté son dévolu sur la petite colline de Koulouba, vite désertée par son général de locataire institutionnel.
Mais, l’un dans l’autre, les jours et les semaines se suivent et l’incertitude sur l’avenir de leur pays grandit dans le cœur de chaque malien et de chaque malienne, qui voient fondre comme neige au soleil de ce désert de l’Azawad, lequel s’estompe progressivement à leur vue, pendant que palabrent à grand frais les irresponsables qui ont la prétention de les gouverner.
    « le MALI, TOUT LE MONDE S’EN FOUT ». Aujourd’hui, les Maliens s’en rendent compte. Dans cette épreuve capitale de risque élevé de scission de leur patrie, ceux qui auraient dû, par fonction et vocation, activer une initiative armée énergique d’urgence pour éteindre l’incendie, donnent l’affligeant spectacle de comédiens insouciants sur une scène sanglante. 

Unité vitale des nations 


   Il y a, au moins, un qui avait eu le tort d'avoir raison, c'est Kadhafi, qui n'avait de cesse de prôner la constitution d'une armée continentale et de porter avec force le projet des Etats-Unis d'Afrique. Car, on le voit au grand Nigeria, aucun de ces Etats d'Afrique, faméliques et vulnérables, n'est à l'abri de l'entreprise de destruction de la part du plus petit groupe de malfaiteurs. Peut-être comprendront-ils que le drapeau national, à lui seul, ne suffit pas à pérenniser leur existence en contexte des frontières héritées de la colonisation. 

A bon entendeur, salut ! 

 Toute reprise de cet article ainsi que de l'illustration doit indiquer la référence de l'auteur
Assane Youssoufi Diallo
adyusufi812@gmail.com

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