vendredi 30 juillet 2010

ATTENTE D'AFRIQUE

Attentes stériles

Unité africaine et développement économique. Le premier syntagme traduit un souhait des peuples, chaque année renvoyé aux calendes … sérères (1); le second, une ambition proclamée des (chef d’)États, qui ne nous ont pas encore convaincu de leur volonté à le réaliser. On en arrive à se demander si les deux ne seraient pas impossibles. Des comparaisons sont avancées avec l’Asie. Impressionnantes, certainement, mais faiblement pertinentes, parce que non systémiques. Les contextes en question.

Tout est-il que la persistance de la situation de notre continent a de quoi inquiéter les Africains que nous sommes. Car, notre Afrique de faibles États est déjà la victime programmée de la nouvelle typologie binaire des intérêts du monde : riches du Nord et pauvres du Sud. Cette dichotomie assortie et accentuée d’égoïsmes régionaux croissants du Nord, manifestement maculés de racisme et d’ostracismes religieux institutionnalisés est en train d’agir comme un … voile réducteur de nos chances. Derrière leur nouvelle forteresse, dont ils arrivent, pourtant, à convaincre l’Afrique de devenir les vigiles méridionaux de leur égoïsme, nos « amis traditionnels» ne ménagent même pas notre dignité.

Dans le même temps que ces « amis » se barricadent, l’Afrique tout entière accepte, à leur commandement, d’entrer en compétition avec eux dans une prétendue laïcité économique, baptisée libéralisme, adroitement travestie en mondialisation, et de cruelle précocité pour l’Afrique. C’est dans son corps que ses principaux concurrents puisent leurs forces, après s’être préparés chez elle, pour ce projet prémédité, des siècles durant. Dans cette compétition, où les juges sont également parties, même nos athlètes, qui font l’allégresse de leurs stades et le bonheur de leurs bourses, ne nous sont d’aucune utilité.

Bien que représentant plus du quart de l’effectif de l’Organisation des Nations Unies, l’Afrique des États est absente de la gouvernance du monde, laquelle relève de cénacles auxquels elle n’appartient pas ; ni individuellement, ni collectivement. Mais dont elle est, pourtant, toujours la première à endosser et appliquer les injonctions ; souvent au détriment de ses intérêts les plus essentiels, à terme.

2. Leur communauté internationale

Cette partie du monde, que les évolutionnistes désignent comme la patrie du premier humanoïde, et qui a été le pollen des arrogantes opulences d’aujourd’hui, est celle qui a subi les pires, et tous les affronts de l’histoire. Méthodiquement fragilisée par une intériorisation progressivement installée d’un état général supposé de pauvreté endémique, elle agrée, avec quelque empressement, cette épithète de pauvre, même pour ses États les plus riches de sol et de sous-sol. Elle en adopte les comportements, au prix de sa dignité.

Comme si elle appartenait à une autre planète, l’Afrique ne fait pas partie de cette fameuse communauté internationale (Com-Int) ; qui la réprimande souvent, lui manifeste sa compassion officielle, parfois, par l’aide ou la coopération, si ce n’est par l’officieuse assistance de ses foisonnantes zo-en-gé (2), substituts attitrés de ses domaines essentiels de souveraineté sociale. Aide, coopération et assistance ne cessent de poser la question de leur efficacité, voire de leur pertinence. Il en est de même de leur nouveau paradigme de flatteuse égalité : le partenariat.

En attendant, c’est la Com-Int qui fixe à l’Afrique priorités, stratégies et objectifs de croissance ; lesquels, bien évidemment, ne visent pas le développement, mais, prudemment, seule la survie, sur une exigence de stabilité. Comme si celle-ci garantissait l’ordre mondial établi et la paix du monde, en maintenant le statuquo social favorable au transfert quotidien de profits innommables, et rassure les dictatures.

3. Centimale de pauvreté

La pauvreté est ainsi installée en constante structurelle, au point où le premier des fameux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) est (seulement) de réduire l’extrême pauvreté. L’Afrique accepte avec zèle, en bonne élève, de n’atteindre que 1,08 (sic) dollar par jour et pour chacun de ses citoyens et citoyennes. La précision centimale, serait-elle le seuil et la preuve de la bonne conscience internationale ?

Des cinq continents, l’Afrique est le plus jeune en souveraineté moderne. Pourtant, cette jeunesse relative, dont les avantages de contexte numérique sont innombrables, n’a pas fait de ses États des nations modernes ; et même pas des nations, tout court. À peu de choses près, l’administration et l’enseignement y sont du 19ème siècle ; les magistrats y portent hermine et perruque poudrée, symboles du roi, de 17ème siècle d’Europe. Cette incohérence patente entre l’Afrique d’empreintes désuètes et le monde présent constitue, sans nul doute, l’un des boulets les plus pesants qui la maintiennent, les yeux rivés au sol/quand ceux du monde découvrent les étoiles(3).

Ses ambitions et sa volonté sont de faible visibilité dans des politiques qui ne sont, généralement, que politiciennes, avec l’élection en objectif sans lendemain, et dans lesquelles il n’y a pas de place pour les idées innovantes de progrès et de vaillante libération économique. Les mêmes erreurs historiques sont recyclées, avec toujours le même succès. Les propositions correctives proactives y sont ignorées. Le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement Économique de l’Afrique) traîne en longueur, en coûteuse impasse programmée.

4. Solidarité perverse

L’Afrique est également pauvre de son absence de solidarité. Le cas récent du Zimbabwe a été la plus éloquente de ses autoflagellations ; comme si le parachèvement de l’indépendance de sa partie australe n’était pas celui de la sienne propre, tout entier. Mandela libéré, cette Afrique a applaudi en chœur avec la Com-Int, a, aussi, ignoré leur courageuse Mother of the Nation, et notre admirable Mama Africa, Winnie, et raccroché les armes. Pendant ce temps, la Com-Int, intelligemment agressive, sortait les siens nouveaux en offensive de solidarité avec de l’un éminent de ses membres, naguère baptisée la perfide Albion par son amie la plus proche à présent. Lancaster House royalement ignoré ? Toutes les deux n’ont eu aucun mal à incruster leur opinion dominante au sein d’une Afrique désarmée par l’ignorance, et même par le mépris, de ses propres réalités et intérêts. Dans un continent sans voix, les antennes septentrionales disséminées ici ont été d’une redoutable efficacité. Voila, en exemple éloquent des avantages de la solidarité, une stratégie régionale de positionnement productif. Au prix des deuils au Zimbabwe.

L’absence de solidarité apparaît ainsi comme le plus grand générateur de faiblesses et de facteur de vulnérabilité de l’Afrique. La faiblesse de volonté politique pour l’unité la sous-tend. Depuis un demi-siècle, l’idée n’est que latente, malgré les dispendieuses réunions et conférences, et les innombrables organisations intergouvernementales de deux à cinquante-trois États membres, aux redondantes missions et d’improductivité manifeste, dont chaque engagement enterre le précédent et en promet un, sans nous délier de la charge renouvelée de culpabilités étrangères. Maintenant, le changement climatique.

5. Courage en renaissance

Par contre, que de coûts de faible conscience d’un cinquantenaire de faible souveraineté ; célébré en forts accroissement de pauvreté, ici, mais en flatteuses martialités sur les Champs Élysées, sous le crissement de droits décristalisés (posthumes de mon père), et en revanche également posthume, des tirailleurs, libérateurs hardis de la ville Paris, mais rapidement évacués des lieux. Pour le défilé de la Libération, les G.Is. étaient plus prestigieux. Belle histoire commune !

En ce nouveau cinquantenaire, peut-être donnerons-nous la preuve de notre capacité commune d’action productive de bien-être pour chacun et pour tous. Maîtriser l'avenir pour des joies populaires spontanées de satisfaction.

Pour cela, une courageuse manip du miroir apparaît en exigence historique, pour que notre cheminement, manifestement hasardeux jusqu’ici, ne mène l’Afrique à une disqualification dans cette dynamique de progrès du monde, où l’écart se creuse inexorablement entre elle et les autres régions, qui se nourrissent d’elle en énergie de croissance.

Une franche autocritique est ici suggérée. Souvent accusés, à tort ou à raison, les dirigeants ne sont pas les seuls concernés. Parce qu’il est évident que la persistance de si peu de progrès réel n’est pas le fait d’éminentes qualités et de forts engagements partagés par nous tous. Pourtant, si nous devenions capables de gagner le temps de nos trop fréquentes polémiques stériles, il nous serait possible de faire de la Renaissance Africaine (4) une réalité aveuglante du monde, aussi massive que le monument de Dakar. Parce qu’il ne tient qu’à notre honnêteté et à notre courage, nous citoyens d’Afrique, de traduire nos déclarations en volonté proactive d’émergence du Temps d’Afrique.

En attendant, Kampala a, aussi, comme Addis et Accra, atrophié notre espoir de ce Temps d’Afrique. L’Afrique des souverainetés diaphanes a choisi de persister à porter ses faiblesses, sébiles tendues, aux seuils du monde de progrès.

Assane Youssoufi DIALLO

Pour citer cet article
Droits d’auteur
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(1) Il existe un cousinage à plaisanterie entre les Peuls et les Sérères (ethnies respectives de l’auteur et de l’ex-président Senghor).
(2) Organisation Non Gouvernementale. L'acronyme est passé, phonétiquement, dans plusieurs langues nationales africaines.
(3) Assane Y. Diallo « Eclats d’Afric » - Éditions Édilivre, Paris, 2007
(4) Cf. « Monument de la Renaissance Africaine : un symbole d’Afrique » dans ce blog.

1 commentaire:

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