
Assane Youssoufi DIALLO
Jeudi 18 Février 2010. L’armée destitue le président Tandja au Niger, l'un des pays les plus pauvres du monde. L'on serait tenté de crier "Enfin !". Un Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) assume tous les pouvoirs d’Etat et a suspendu la fameuse Constituion de ladite 6ème République, à l'origine de ce changement brutal.
Qui s’en étonne ? Personne. On serait même tenté de dire "enfin !". La moisson était attendue. La violation du serment constitutionnel en constituait la semence de qualité et l’entêtement du colonel (lui aussi) l’engrais de norme éprouvée.
Ainsi donc, encore une fois, l’Afrique fait parler d’elle. Comme d’habitude, pas pour la bonne cause, ni les bonnes initiatives ou les réalisations remarquables. Mais, en ridicule.
Cianquante ans d’indépendance. On a de la peine à le croire et même à l’écrire. Les pouvoirs d’Afrique ont vidé de son contenu ce noble substantif, pour lequel tant d’Africains honnêtes et honorables ont donné leur vie.
L’on ne peut s’empêcher d’éprouver une honte indiscible en voyant qu’en moins de cinquante ans, un pays universellement réputé misérable, sans matières premières, l’Inde, est devenu une puissance nucléaire respectée, et qui propulse son fier sceau national dans l’espace extra-atmosphérique.
Pendant ce temps, l’Afrique festoie dans un décor de plus-que-pauvreté, de misère souvent et de constitutions en quarantaine. Des constitutions que 99,9999% des citoyens, illettrés à plus de 80%, n’ont jamais lues, et qui sont pourtant réputées adoptées à l’unanimité, ou presque.
Les armées n’ont aucune peine à justifier leur action de « correction » ou de « redressement » de situations nationales dévoyées ou tordues. D’autant que nos concitoyens en uniforme sont, généralement, peu formatés à leurs missions républicaines, la République étant institutionnellement souvent si peu évidente. Les peuples applaudissent, toujours. En un demi-siècle, ils n’ont appris que cela, sont blasés et résignés. Cosume-cravate ou kaki-camouflé, pour eux, c’est kif-kif. La misère sera toujours le lot du plus grand nmbre. Et en extension d'une année sur l'autre.
Dans un cas comme dans l’autre, la « masse » n’existe que pour « voter », quand « on » veut bien lui permettre de le faire. Disons, pour « vendre » sa carte au plus offrant. Parce que, comme disait le cousin paysan, « ils sont tous pareils ».
Comment peut-on éviter le putsch dans un Etat quand la Constitution et le serment sur le Livre saint ne sont que de pure forme? L’anticonstitutionnalité, civile ou militaire, est une constante dans ces Etats où les fils ont vocation « naturelle » à succéder aux pères, et où les pères prétendent à l’éternité, jusque dans des mausolées. Et où, bien qu’en République, on sert de l’Excellence à des personnalités autres que des diplomates étrangers. Qui a jamais entendu, en France ou aux Eatst-Unis, appeler Sarkozy et Obama, autrement que « Monsieur le présient » ? L'institution républicaine est dénaturee par l'amplitude de l'égo !
L’Afrique est, parait-il pauvre. Cet état de chose ne changera pas tant que persistera le mépris dont font l’objet ses peuples, de la part de la plupart de leurs « dirigeants ». C’est ce comportement qui explique la stérilité de ses ressources naturelles et de ses compétences. Un continent, apparemment, né pour servir l’Etranger.
Et pourtant, il suffit que ceux qui accèdent au pouvoir respectent leur serment solennel, pour que ce continent de, maintenant, un milliard de potentiels consommateurs, atteigne la capacité de décision économique, en une génération. Mais il nous faut en avoir la volonté, et celle de mobiliser nos compétences et nos ressources, et nous soucier de la dignité de cette pauvre Afrique !
La dignité, traduite en proactive autosuffisance, c’est la différence entre l’Afrique et l’Asie.
En attendant, ne nous étonnons pas que nos braves soldats continuent à se manifester, à l’interne, fréquemment.
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