Ils brodent à gros points,
Tel un ouvrage de dentelles,
Les flancs océans
Du primordial continent.
Vous avez tant souffert
D’oriflammes et d’étendards
De souverains d’ailleurs
Par voiles et ancres,
Armes et amarres.
Pour ces armadas
De conquêtes et possessions
Qui ruinèrent des vies
Et en arrachèrent souvent,
Vous fûtes autant de points
De trame d’un ouvrage
Qui emporta, au fil du temps,
Tant de nous, filles et fils,
A semer d’incertitudes
Le futur de l’Afrique.
Cap Sportel et Cap Cantin.
Cap Tafarit et Cap Juby.
Cap Blanc et Cap Agadir.
Cap Timiris et Cap Vert.
Caps Atlantiques.
Caps de forbans
Et d’aventuriers sournois,
Cap Spartel
De Tanger-cosmopolite,
Cap Cantin
De Mogador-la-légende,
Cap Juby,
Si dignement Tarfaya,
Rendant Casa del Mar
À sa terre chérifienne
Et naguère havre couru
D’hésitants aéronefs.
Cap Blanc d’Imraguen
Poissonneux à fleur de flots,
Et pourtant si proches
De barkhanes infertiles.
Et Cap Timiris
D’Arguin-Nouamghar,
Paradis d’ailes frileuses
Si friandes de soleil.
Cap vert des Almadies
De couleur estompée,
Ce nez d’Afrique du couchant
Humant la neuve Amérique
Est si fortement aspiré,
Que cet isthme de Téranga
Fut travesti en goulet,
Par l’ocre Porte-sans-retour,
D’où l’Afrique fut saignée
Pour du coton et du jus de canne.
Ce cap est apprivoisé en nom
Par ces voisines d’îles nues
Et ravagées d’embruns.
Cabo Verde de Fogo,
Sao-Vicente, Santo-Antao,
Escales atlantiques possédées,
Prometteuses de samba,
Pour du coton et du jus de canne.
Cap Roxo
À un trait de souffle
Des îles des Idolos,
En ligne d’équilibre
De Casamance et Luso-Guinée.
Cap Verga de Guinée,
L’autre, de France affranchie,
Dont les plages de Bel air
Furent, des pillards, le havre.
Cape Sierra Leone
D’un nom que prit sa contrée,
Et Cape Shilling et Cape Coast
De si tristes chaînes,
Une terre y fut rendue
À ceux de liberté reconquise,
Des siècles, emportés en amas
Pour du coton et du jus de canne.
Et Cap Santa Clara
Equatorial des lieux de Mayombe,
Cap Lopez
Du pays resserrant le cabotage.
Cap Santa Maria,
Empreinte pieuse d’Angola,
Comme Cape Cross
Foi signée en pays d’Okavango.
Le plus cardinal de tous
Est celui de Bonne Espérance.
Pointe australe d’ouverture
Au détour d’horizons d’Asie,
Révélé à l’appétit septentrional
Par d’agressives faims d’épices,
À un bref jet de souffle
D’une douleur muette
De liberté volée, Robben Island.
À quelques brasses de là,
Une majesté de grande île
Qui vit aussi les arrogances
Marquer bien de ses rivages,
Et profaner ses terres
D’ylang-ylang parfumées,
Ainsi que ses horizons calmes
De ravenala et svelte bambou.
Cap d’ambre.
Sur cette île mère de Nossi Be,
Nombre de promontoires baptisés
Et de nouvelle foi incrustés.
Cap Saint André et de Sainte Marie.
Mais aussi Cap Masoala
Cet autre de son terroir bien nommé,
Sur porte océane de l’indien béant.
Sur la côte du couchant
Paraît un autre baptême.
Ras el Cheil et Ras Gabah.
Ras Grog-gro-u et Ras Mabber,
Ras Hafun et Ras Sura
Et le drôlement nommé Cape Gardafui.
Ras Khanzira.
Incongrument désigné
D’un interdit singulier
Dans ce coudé golfe d’Aden,
De part en part de même foi.
Puis Ras el Bir,
Vigie de porte de Djibouti
Si confortablement blotti
Dans un coin finissant de mer rouge.
Sans Caps aussi titrés
Apparaît la Méditerranée,
Comme une côte tendue
Et sans repères connus.
Si, pourtant; mais si peu,
Et si peu nommés.
Elle en montre, au moins un,
Ras Lanuf de Tripolitaine.
Ici, les Caps sont anonymes
Et paraissent jaloux de liberté.
L’horizon vierge de baptêmes impies.
Fut, pourtant, en des siècles
Si maintes fois abordé
Par des hordes allogènes
De toutes parts venues.
Ses rades semblent se garder
Pour des hôtes chastes.
Caps et Ras furent, tous,
Autant de jalons et repères,
Des marqueurs, plus qu’au fer,
De ces lieux de butins,
Et de cultes nouveaux
Et de nouveaux pillards.
En pitance, Côte des grains;
En opulence, Côte d’ivoire;
En richesse, Côte d’or;
En force, Côte d’esclaves.
Sur le sillage des rapines
Et d’outrages, bien souvent,
Caps en lieux péjorés
D’escales de mensonges,
De traités traduits en traite
Signée de trahisons diurnes.
En fonds de cales funestes,
Pour du coton et du jus de canne.
En dignité, des lieux se rebaptisent.
Ainsi, au ponant, le Ghana,
Désormais côte muette de son or,
Nous a rendu au grand jour
Une haute fierté d’empire.
Kwame Nkrumah montra la voie.
Sont aussi effacés des mémoires
Des épithètes abjectes
De grains, en Sierra Leone et Liberia,
D’esclaves, au Togo et Bénin,
Tous lieux d’où l’Afrique fut saignée
Pour du coton et du jus de canne.
Côtes et Caps
Capes et Ras,
Pointes d’ancrage en dentelles
Par lesquelles l’Afrique fut agrippée
Pour des labeurs lointains
Et pour du coton et du jus de canne.
Assane Youssoufi Diallo[*]
[*] Auteur de (recueils de poèmes) :
Leydam - Ed. P-J ; Oswald, Paris, Honfleur
La Marche du Futur – Ed. Saint-Germain-des-Prés, Paris
Eclats d’Afric (L’Afrique que j’aime suivi de Saahli) - - Ed. Edilivre, Paris
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